jeudi 22 septembre 2022

L’Algérie, pays agresseur


Vivre à côté d’un voisin désagréable, c’est ce qu’endure le Maroc depuis 60 ans. En réalité, les ennuis ont commencé pour le Maroc bien avant, précisément dès le jour, en 1830, où les troupes françaises ont débarqué près d’Alger. Le voisinage immédiat d’une puissance européenne ne pouvait pas ne pas avoir de conséquences pour le Maroc et celles-ci furent dramatiques. Pour s’être mobilisé aux côtés d’Abdelkader ben Mahieddine, le Maroc s’est trouvé malgré lui entrainé dans un conflit armé avec la France. Sa défaite à la « bataille d’Isly » (Août 1844) a ébranlé l’Empire chérifien. 25 ans plus tard, la « guerre de Tétouan » avec l’Espagne (1859-1860) a porté le coup de grâce au pays. Le traité de protectorat de 1912 a été la conséquence directe de la double débâcle marocaine mais son origine lointaine remonte à 1830 et à la conquête de la Régence d’Alger par la France.

La présence française dans ce qui allait devenir l’Algérie n’a pas seulement été une source de tension et de guerre avec le Maroc mais elle a entrainé l’annexion illégale de vastes territoires marocains qui ont été incorporés à « l’Algérie française ».  Depuis 1962 et la création de la « république algérienne démocratique et populaire », les tourments du Maroc n’ont fait qu’empirer.  

Le Maroc, pour son malheur, est affligé d’un voisin dont les dirigeants lui vouent une haine féroce qui se traduit par une volonté obsessionnelle de nuire au Maroc. Ils auront beau vouloir inverser les rôles, les faits sont là pour les contredire. Ils ont prétendu que le Maroc a commis des actes hostiles contre l’Algérie, mais ils n’ont pas apporté la moindre preuve. Ils seraient bien en peine, dès lors que le Maroc, loin de chercher noise à son voisin, lui tend la main et lui tient constamment le langage de l’apaisement. Les autorités algériennes, pour leur part, ne reculent devant rien dans leur entreprise maléfique et elles l’ont montré à plusieurs reprises.   

L’Algérie, depuis son indépendance, a pratiqué  vis-à-vis du Maroc une politique d’hostilité systématique:

 

1)      L’Algérie, pays agresseur et subversi

  • L’Algérie a agressé militairement le Maroc à trois reprises : en 1963, 1976 et 1978 ; 

  • Ne respecte pas vis-à-vis du Maroc les règles du bon voisinage ; 

  • Orchestre dans les médias officiels une campagne haineuse contre le Maroc et ses institutions ; 

  • Ignore, lorsqu’il s’agit du Maroc, les lois internationales élémentaires;

  • Encourage et soutient le séparatisme ; 

  • Abrite, finance, entraine et arme une milice destinée à attaquer le Maroc;

  • Suscite, soutient et contribue activement à la réalisation d’agressions armées contre le Maroc ;

  • A fait proclamer sur son sol une « république » et lui a cédé un territoire sur lequel l’Etat algérien n’exerce plus son autorité ;

  • Joue un rôle trouble dans les pays du voisinage : Mali, Libye, Tunisie.

 

2)      L’Algérie viole le droit humanitaire et les droits de l’homme

  • Maintient de force, sur son territoire, aux environs de Tindouf, depuis 47 ans une population de soi-disant « réfugiés » ;

  • Viole et ferme les yeux sur la violation systématique des droits humains dans les camps de Tindouf ;

  • S’oppose à l’enregistrement des populations des camps de Tindouf ;

  • Refuse de faire bénéficier les « réfugiés » des droits qui leur sont reconnus par les conventions internationales ;

  • A procédé à deux reprises à l’expulsion massive de dizaines de milliers de Marocains pour déstabiliser le Maroc.

  • Utilise les migrants comme moyen de pression et de chantage contre le Maroc (et l’Espagne).

 

3)      L’Algérie recourt à la subversion économique

  •  Multiplie les actes et les mesures politiques, économiques et commerciales visant à déstabiliser le Maroc et à perturber son économie.

  • Utilise le gaz à des fins politiques comme moyen de pression et de chantage contre le Maroc (et l’Espagne) ;

60 ans après l’indépendance, l’Algérie, malgré son potentiel énorme, reste un pays sous-développé qui n’a réussi à inscrire à son actif aucune réalisation économique majeure.  Le régime algérien, gangréné par la corruption et l’incurie, maltraite sa population et se montre incapable de subvenir aux besoins du pays en produits de base, malgré le pactole des recettes des exportations d’hydrocarbures (50 milliards de dollars en 2022). C’est une dictature militaire, menée de main de fer par des généraux vieillissants, vestige d’une époque et d’une idéologie révolues.

v  L’Algérie ne se plie pas aux règles de bonne conduite dans les relations internationales. Ses dirigeants et certains de ses hauts responsables s’exonèrent de toutes règles et convenances. Adeptes de la véhémence et de l’invective, ils ont un langage belliqueux et outrancier inusité dans les relations entre les Etats.

L’Algérie est un Etat imprévisible et les menaces qui sont régulièrement proférées par ses dirigeants constituent un motif d’inquiétude. Ce pays surarmé  est un danger pour ses voisins et pour la Méditerranée occidentale : il achète massivement des équipements miliaires, dans des proportions qui dépassent considérablement les besoins de sa défense nationale, en prétextant des menaces imaginaires et des complots fictifs récurrents.   

L’Algérie pourrait, grâce à la flotte de guerre dont elle dispose, bloquer le détroit de Gibraltar. C’est ce que notaient en février 2022 deux députés français dans un rapport  sur « les enjeux de défense en Méditerranée ».

Si le surarmement de l’Algérie inspire de l’inquiétude aux Européens, le soutien qu’elle fournit aux milices armées du polisario et son alliance avec l’Iran sont condamnés par les pays arabes et leurs alliés, tandis que les achats compulsifs d’armements russes pourraient valoir au régime algérien des sanctions américaines.

Depuis quelques mois, un processus s’est enclenché qui, inexorablement, aura des conséquences négatives pour l’Algérie:  

-            9.03.2022 : En marge des travaux de la 157ème session ordinaire du Conseil ministériel de la Ligue des Etats Arabes qui s’est tenue le 9/3/2022, le comité ministériel chargé du suivi de l'évolution de la crise avec l'Iran et des moyens de remédier à son ingérence dans les affaires intérieures des pays arabes, a rendu publique une déclaration dans laquelle il a « affirmé sa solidarité avec le Royaume du Maroc face à l'ingérence du régime iranien et de son allié libanais, le "Hezbollah", dans ses affaires intérieures, notamment en ce qui concerne l'armement et la formation d'éléments séparatistes qui menacent l'intégrité territoriale, la sécurité et la stabilité du Maroc ».

-            12 mai 2022 : Les ministres de la Coalition internationale contre Daech, réunis à Marrakech «  se sont dits préoccupés par la prolifération des acteurs non étatiques, y compris les mouvements séparatistes, et le déploiement en Afrique d’entreprises militaires privées qui engendrent la déstabilisation et une vulnérabilité accrue des États africains, ce qui favorise en fin de compte Daech et d’autres organisations terroristes et extrémistes violentes ».

-            16 juillet 2022 : A l’issue du Sommet sur la sécurité et le développement, qui s’est réuni à Djeddah, les participants, dans la Déclaration commune CCG et Etats-Unis, ont « affirmé leur engagement à coopérer et à coordonner entre leurs pays pour renforcer leurs capacités de défense et de dissuasion conjointe contre la menace croissante que représente la prolifération des systèmes aériens sans pilote et des missiles de croisière, ainsi que contre l'armement des milices et des groupes armés terroristes ».

Au cours de la réunion de Djeddah le président égyptien A. Sissi a déclaré: « Le terrorisme reste un défi majeur dont souffrent les pays arabes depuis plusieurs décennies, et c'est pourquoi nous renouvelons notre engagement à combattre le terrorisme et l'idéologie extrémiste sous toutes ses formes et manifestations dans le but d'éliminer toutes ses organisations et milices armées déployées dans de nombreuses parties de notre monde arabe, qui sont parrainées par certaines forces extérieures pour servir leur programme destructeur. ( ..). Dans ce contexte, je souligne qu'il n'y a pas de place pour le concept de milices, de mercenaires et de gangs d’armes dans la région, et que leurs parrains, qui leur ont fourni un abri, de l'argent, des armes et une formation, et ont permis le transfert d'éléments terroristes d'un endroit à l'autre, devraient revoir leurs comptes et leurs estimations erronées ».

Le président égyptien est revenu à la charge le 14.09.2022 dans un entretien avec l’agence Qatar News Agency : «Pour être clair et concentré sur ce point, j'insiste sur l'inévitabilité du rétablissement d'un certain nombre de principes et de concepts dans notre région arabe, au premier rang desquels figure l'adhésion au concept d'État national, la préservation de la souveraineté et de l'intégrité territoriale des États, et ne traiter sous aucune forme avec des organisations terroristes et des milices armées, et en retour soutenir les armées nationales et les institutions militaires.»

-            13 septembre 2022 : Au Conseil des droits de l’homme, à Genève,  l'ambassadrice américaine Michèle Taylor a déclaré : « Les États-Unis sont préoccupés par l'utilisation généralisée de lois qui restreignent indûment les libertés d'expression et de réunion et d'association pacifiques pour détenir des militants et des critiques virulents des gouvernements du monde entier, notamment en Algérie, au Tadjikistan, au Turkménistan et au Vietnam ».

-            14 septembre 2022 : Les achats d’armements russes par l’Algérie inquiètent le sénateur américain Marco Rubio. Le vice-président (républicain) de la Chambre haute  américaine souhaite voir l’Algérie sanctionnée pour son soutien à la Russie. Dans une lettre adressée au Secrétaire d’Etat Anthony Blinken, le sénateur demande l’application à l’Algérie des sanctions que prévoit la loi américaine dans le cas d’achats d’armes « importants » à la Russie, en vertu du Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act.

« La Russie est le plus grand fournisseur militaire de l’Algérie », écrit Rubio. « L’Algérie figure également parmi les quatre premiers acheteurs d’armes russes dans le monde, avec comme point culminant un contrat d’armement de 7 milliards de dollars en 2021. L’afflux d’argent vers la Russie, quelle que soit sa source, ne fera que renforcer la machine de guerre russe en Ukraine.»

v    Concernant le Sahara marocain, l’Etat algérien ne soutient pas un mouvement de libération pour la bonne raison qu’il n’y a, dans les provinces marocaines du sud, ni mouvement de libération ni guerre de libération ;

v    Les bandes armées à la solde de l’Algérie  ne se trouvent pas au Sahara, mais à Tindouf, en Algérie.

Habituellement, les mouvements de libération opèrent dans le territoire qu’ils veulent libérer, comme ce fut le cas, par exemple, du  FLN algérien – que le Maroc a aidé,

L’Etat algérien utilise une milice armée  installée sur son territoire pour attaquer un pays voisin, le Maroc.

C’est une agression. 

En effet, la résolution 2625 (1970) de l’Assemblée générale des Nations unies fait obligation aux Etats « de s’abstenir d’organiser ou d’encourager l'organisation de forces irrégulières ou de bandes années, notamment de bandes de mercenaires, en vue d’incursions sur le territoire d’un autre Etat. Chaque Etat a le devoir de s’abstenir d’organiser et d’encourager des actes de guerre civile ou des actes de terrorisme sur le territoire d’un autre Etat, d’y aider ou d’y participer, ou de tolérer sur son territoire des activités organisées en vue de perpétrer de tels actes, lorsque les actes mentionnés dans le présent paragraphe impliquent une menace ou l’emploi de la force ».

Aux termes de la résolution 3314/1974 de l’Assemblée générale des Nations unies « l’envoi par un État, ou en son nom, de bandes ou de groupes, de forces irrégulières ou mercenaires qui se livrent à des actes de force armée contre un autre État » constitue un acte d’agression.

Le Pacte de non-agression et de défense commune de l’Union africaine (31.01.2005) donne une définition plus large de  l’agression en y intégrant l’action de groupes terroristes et la fourniture par un État de tout soutien à des groupes armés pouvant commettre des actes hostiles contre un État membre. L’article 1-c énonce :

« “Agression” signifie l’emploi par un État, un groupe d’États, une organisation d’États ou toute entité étrangère ou extérieure, de la force armée ou de tout autre acte hostile, incompatible avec la Charte des Nations unies ou l’Acte constitutif de l’Union africaine, contre la souveraineté, l’indépendance politique, l’intégrité territoriale et la sécurité humaine des populations d’un État partie au présent pacte. 

Le Pacte mentionne au titre des actes constituant des actes d’agression, sans déclaration de guerre : « l’envoi par un État membre ou en son nom ou la fourniture de tout soutien à des groupes armés, à des mercenaires et à d’autres groupes criminels transnationaux organisés qui peuvent perpétrer des actes hostiles contre un État membre, d’une gravité telle qu’ils équivalent aux actes énumérés ci-dessus, ou le fait de s’engager d’une manière substantielle dans de tels actes ».

Enfin, de son côté, le Traité constitutif de l’Union du Maghreb Arabe signé le 17 février 1989 est encore plus contraignant. En vertu de son article 15, « Les États membres s’engagent à ne permettre sur leurs territoires respectifs aucune activité ni organisation portant atteinte à la sécurité, à l’intégrité territoriale ou au système politique de l’un des États membres ».

v  En permettant à des groupes armés d’utiliser le territoire algérien comme une base arrière pour lancer des attaques contre le Maroc, l’Algérie viole à la fois la Charte de l’ONU, le Pacte de non-agression et de défense commune de l’Union africaine et le Traité de l’UMA. 

v  L’Algérie ne défend pas le  principe de l’autodétermination mais viole celui de l’intégrité territoriale. Plus qu’une incitation au séparatisme, c’est un soutien au terrorisme.

La diplomatie algérienne s’est donné le beau rôle depuis 47 ans, poussant le cynisme jusqu’à s’ériger en accusateur en chef du Maroc dans les réunions internationales. Jusqu’ici, c’est le Maroc qui a été accablé, montré du doigt et obligé de se justifier continuellement. Désormais, c’est l’Algérie qui est sur le banc des accusés, - et elle a des choses à se reprocher.

Derrière la « question du Sahara » surgit peu à peu la vraie question, une question autrement plus préoccupante, celle des menées subversives fomentées par un régime nuisible dans son voisinage immédiat.   

En définitive, l’Algérie, Etat « préoccupant » (State of Concern), en passe de devenir un « pays hors-la-loi » (Rogue State), ne peut plus se cacher derrière des slogans pour masquer sa politique d’agression et de subversion. Le dos au mur, l’Algérie est plus que jamais dans l’œil du cyclone.

samedi 2 juillet 2022

Tanger, « capitale officieuse»?

 Quelques observations, ci-après, à propos de l'article intitulé "Lorsque Tanger était la capitale officieuse du Maroc", qui a été publié par le mensuel Zamane, dans le numéro 139 (juin 2022):

1.     « Avant même son internationalisation officielle, Tanger a fait office de capitale diplomatique et de capitale tout court, quoique non déclarée, d'un royaume en pleine reconfiguration ».

-       Qu’est-ce qu’une « capitale non déclarée » ? Tanger n’a jamais été la capitale de l’empire chérifien, ni officielle ni officieuse. Aucun sultan n’y a jamais résidé. La ville a été choisie comme lieu de résidence obligé des consulats dans le Nord du Maroc, puis comme siège des « légations ».

2.     « Lorsque le sultan Sidi Mohammed III, à la fin du XVIIIème siècle, décide d’en faire une capitale officieuse, les légations étrangères n’ont d’autre choix que de s’installer dans la ville du détroit ».

-     Sidi Mohamed ben Abdallah n’a pas décidé de faire de Tanger une « capitale officieuse ». Il a obligé les consulats, qui étaient jusqu’alors installés à Tétouan, à s’établir à Tanger. Il n’y avait pas de légation au Maroc à ce moment-là. En revanche, il y avait des consulats dans d’autres villes (Marrakech, Safi, Salé, Mogador, notamment)

3.     « la présence des légations étrangères assure à la ville une certaine immunité diplomatique ; quelle puissance en théorie se hasarderait à s’emparer d’une cité aux ramifications internationales ? »

-       Cette affirmation n’est étayée par aucun fait historique.

4.     « Dès 1790, donc, les légations des principales puissances de l’Ouest fleurissent littéralement dans les ruelles de la médina ».

-         L’auteur semble confondre « consulat » et « légation ». La première  légation, celle de la France, s’est installée à Tanger en 1845. Le Royaume-Uni suivra en 1847 et l’Allemagne leur emboitera le pas en 1874.

5.     « En un sens, qualifier son règne de «siècle des traités» ne serait pas une aberration. La plupart, sans surprise, seront ratifiés dans la ville du détroit ».

-       Signés, pas ratifiés.

6.     « De tous ces accords, deux traités vont sortir du lot ; celui de 1844 puis de 1856. Ce dernier est le traité commercial anglo-marocain, et dont la teneur est certainement plus pernicieuse que le traité politique de 1844 ».

-         De quel traité de 1844 s’agit-il ? Est-ce le traité entre le Maroc et la France du 10 septembre 1844, dont la disposition principale obligeait le sultan à déclarer l’« émir » algérien Abdelkader hors-la-loi au Maroc ?  

7.     « Ce traité de 1856 va surtout créer un précédent en ouvrant une nouvelle boîte de Pandore, celle de la Convention de Madrid en 1880. Treize autres nations occidentales viendront rejoindre la Grande- Bretagne et la France dans la grande curée chérifienne. En passant de deux pays à treize autres nations, la clause de la nation la plus favorisée était un coup de massue dont l’Empire chérifien ne se relèvera plus. Toutes les nations occidentales appliqueront désormais la politique de la « porte ouverte », celle des capitulations ainsi que le régime des protégés ».

-         Traité de 1856 : Le traité anglo-marocain du 9 décembre 1856 a violé la souveraineté du Maroc en accordant des privilèges exorbitants aux sujets britanniques. Il a octroyé une exonération fiscale aux interprètes et domestiques « parmi les musulmans ou autres » employés au service du chargé d’affaires britannique et des consuls ou vice-consuls.  

-         Traitement de la Nation la plus favorisée : ce droit, visé à la Convention de Madrid (19 mai-3 juillet 1880), ne concernait que la protection.

-         Toutes les nations occidentales : Le droit au traitement de la Nation la plus favorisée a été reconnu uniquement aux pays qui étaient représentés à la Conférence de Madrid.

-         Porte ouverte : Ce régime sera institué bien plus tard par l’Acte d’Algésiras.

8.     « En fait, tout a été joué en 1906 à la conférence d’Algésiras. Cet accord n’était tout compte fait qu’un remake de la convention de Madrid en 1880 ».

-         Parler de « remake » est inexact. La convention de Madrid concernait uniquement l'exercice du droit de protection au Maroc ; la conférence d’Algésiras (Janvier-avril 1906) portait sur les « réformes » devant être réalisées au Maroc et aboutit à la mise de son économie en coupe réglée.

9.     « le sultan avait mis en place dar al-niaba, une sorte d’ambassade de l’intérieur ».

-         Dar Niyaba n’était pas une « ambassade de l’intérieur » (concept inconnu). Elle est l’ancêtre du ministère des affaires étrangères. Le Naïb était l’interlocuteur des chefs de légation (les « ministres ») à Tanger. (Une explication des raisons qui ont poussé le Makhzen à reléguer les missions diplomatiques étrangères à Tanger, loin de Fès et Marrakech, aurait sans doute permis de mieux comprendre le statut de Dar Niyaba Essaida).

10.           « Aidé par wazir al-bahr, le ministre de la Mer, autrement dit le chargé des affaires étrangères, [le naïb] reçoit toutes les délégations diplomatiques en préambule à l’audience du sultan dans la capitale impériale Fès ».

-         Il n’y avait pas de ministre de la Mer au Maroc, en tout cas pas entre 1850 (date de la création de Dar Niyaba) et 1912.

-         Le premier véritable ministre des affaires étrangères est Mohamed el Mfadel Gharrit, qui a été nommé en 1885 et qui résidait à Fès. Malgré tout, Dar Niyaba a été maintenue à Tanger jusqu’au protectorat. Les deux responsables avaient des attributions distinctes. On ne peut pas dire que le vizir « aidait » le naïb.

samedi 30 avril 2022

Témoignage d’un ambassadeur : Avec l’Algérie, « seul compte le rapport de force»

 

Le livre qu’un ancien ambassadeur de France en Algérie, Xavier Driencourt, consacre à ce qu’il appelle « l’énigme algérienne » est un témoignage de haute tenue qui offre une grille de lecture intéressante d’un pays déroutant.

« Il faut, dans ce pays, un ou deux ans pour comprendre le mode de fonctionnement du « système ». Il arrive que certains, parmi mes collègues, quittent même Alger sans avoir très bien compris ce pays, ni les ressorts de la politique intérieure, ni la complexité de la relation avec la France ».

Nommé une deuxième fois à Alger, après une première ambassade, Xavier Driencourt avait, dit-il, une « longueur d’avance par rapport à d’autres ambassadeurs, que les quatre années déjà passées à Alger m’avaient donné quelques « clés » pour comprendre, déchiffrer ce que les Algériens appellent le « système », décrypter l'« opacité » de ce « système ».

Le « système » ? « Ce n'est ni une structure, ni une organisation, c'est plutôt un mode de fonctionnement du pouvoir, un pouvoir volontiers qualifié, y compris par les officiels algériens, d'"opaque" ». L’ancien Premier ministre, Sellal, aujourd’hui en prison, s’en était vanté : « Ce qui fait notre force, c'est l'opacité de notre système ».

Les « fondamentaux » de ce « système » sont les mêmes depuis 1962 : « opacité, nationalisme sourcilleux, place prépondérante de l'armée, un certain affairisme, surtout un discours antifrançais qui légitime le régime ». Discours antifrançais auquel s’ajoute depuis quelques années un autre discours, antimarocain celui-là, hargneux et virulent.

Le « système » algérien résulte d’une alliance, ou d’un pacte de non-agression, fondés sur un équilibre qui évolue au gré des rapports de force, le tout dans le secret absolu et le mystère total. De la même manière qu’il existait des « kréminologues » qui s’efforçaient de décrypter les images de la télévision soviétique et les articles de la Pravda pour essayer de déterminer le ou les hommes forts du moment à Moscou, des « algérianologues » scrutent les dépêches de l’agence algérienne APS et les journaux télévisés de l’ENTV.

Comme au temps de Béria, des hauts responsables sont déchus sans explication et tombent dans l’oubli, lorsqu’ils ne sont pas purement et simplement éliminés. Driencourt raconte : « L’année se termina par l’intronisation du nouveau Président [Tebboune]. Il y eut ce jour-là une succession de discours, la prestation de serment d’Abdelmadjid Tebboune suivie d’une remise de décoration au « sauveur » de l’Algérie, le général Gaïd Salah. C’était le triomphe de ce dernier, reconnu, félicité, entouré par tous, le triomphe de l’armée algérienne. Cette cérémonie, mi-civile, mi-militaire, était l’illustration vivante de la relation complexe entre le FLN, l’armée et un monde civil qui voulait gouverner le pays. Deux jours plus tard, le vice-ministre de la Défense, chef d’état-major, fut retrouvé mort chez lui à la suite d’un arrêt cardiaque. Des obsèques grandioses furent organisées. »

En Algérie, et l’ambassadeur Driencourt le confirme, il ne faut pas se fier aux apparences. Il y a le décor et il y a les coulisses. L’apparence, c’est un régime présidentiel, « plus ou moins calqué… sur le modèle occidental et notamment français. » C’est un décor en trompe-l’œil et le pouvoir est ailleurs. L’armée et le « fameux DRS » veillent. Un ancien Premier ministre a confié à l’ambassadeur qu’il était « littéralement tenu et encadré par un représentant du service de sécurité qui donnait son avis et ses recommandations sur toutes les nominations prévues ». L’armée, présente « derrière le rideau » depuis 1962, a choisi, en 2019, « de passer sur le devant de la scène ». La couverture médiatique des activités du chef d’Etat-major est systématique. Le moindre déplacement, la moindre réunion sont longuement montrés à la télévision, soit après soir. Imitant son prédécesseur, le général Chengriha fait sans arrêt la tournée des régions militaires et apparait sur le petit écran faisant un exposé devant des officiers qui prennent des notes.  

Face à l’oppression du « système », les Algériens, surtout les jeunes, se disent « prisonniers » dans leur pays. « A l’ouest, la frontière avec le Maroc est fermée depuis 1994 ; au sud, Mali et Niger [sont] en guerre ; à l'Est, la Libye, un champ de ruines ; au nord il [est] difficile d'obtenir un visa pour la France. Il ne [reste] que la Tunisie où aller et on n'y [trouve] que des Algériens… »

En Algérie « la question des visas occupe une place plus forte qu'ailleurs : ce n'est pas une affaire consulaire, c'est un dossier politique ».

Driencourt rapporte que ses interlocuteurs, après seulement quelques minutes de conversation, lui demandaient comment obtenir un visa ou un titre de séjour. « Il n’y avait aucune gêne dans leur demande, une véritable obsession, alors que pendant mon premier mandat, ils attendaient plus longtemps et m’accordaient un délai avant de présenter leur requête ». L’ambassadeur pointe du doigt la contradiction dans laquelle se débattent certains Algériens. « Il est courant de critiquer la France le jour, mais, le soir venu, d'envoyer à tel ou tel de l'ambassade, consul général, ambassadeur ou conseiller culturel, à partir, bien souvent, d'une adresse courriel « yahoo.fr » censée être moins visible, une demande discrète pour un visa (de circulation variable trois ans si possible), un visa pour les études en France du gamin, un visa pour des soins requis par les vieux parents (qui souffrent généralement d'une pathologie incurable en Algérie), etc. Mais tout cela doit rester discret, et il est évidemment préférable que les visas soient délivrés au consulat, par un rendez-vous sur-mesure dans un bureau à l'écart des autres, plutôt qu'avec le commun des mortels chez le prestataire qualifié, VFS ou TLS. »

Le gouvernement algérien a décrété que l'université devait désormais n'utiliser que l'anglais pour communiquer avec les enseignants et qu'à l'avenir les thèses universitaires soient rédigées en anglais. Des ministres « venaient pourtant, en catimini, ou par le biais d'intermédiaires demander un visa pour la France ou une place au lycée français d'Alger ! ».

Le visa semble être une obsession algérienne, un « projet de vie ». Les Algériens n’ont, semble-t-il, que trois dérivatifs : l’islam, le football et le visa, - de préférence en France. C’est dire le mal-être. Comment peut-il en être autrement pour un jeune sans perspectives qui, de surcroit, vit à « Biskra, Batna, Constantine, Béchar, etc. ; villes d'une tristesse infinie ».

Le Maroc, une obsession algérienne

L’autre obsession, mais cette fois des dirigeants algériens, est le Maroc.

Bouteflika regrettait dans un entretien avec l’ambassadeur « qu’entre le Maroc et l’Algérie la France eût, ces dernières années, toujours pris position en faveur du Maroc, qui pourtant n’avait été qu’un simple protectorat, alors que l’Algérie avait été, cent trente-deux années durant, un département français. »

Bouteflika disait : « Nous sommes plus proches de la France que les Marocains, car l'Algérie, c'était la France, ce n'était pas une colonie ; nous devons être mieux traités que les Marocains ».

Voilà que, dans la bouche du président algérien, la (longue) période de colonisation devenait un argument pour réclamer à l’ancien colonisateur un traitement privilégié.

Driencourt observe qu’en France des campagnes de publicité sont organisées par le tourisme du Maroc ou d’autres pays, mais il n’y a jamais de publicité pour la destination Algérie. Les Français sont soumis à l’obligation de visa et obtenir un visa pour l’Algérie est un parcours du combattant. Simple mesure de réciprocité car non seulement les étrangers ne se bousculent pas pour visiter le pays, mais, comme le fait remarquer l’ambassadeur, à juste titre, « l'immigration irrégulière de Français en Algérie est nulle à ma connaissance » (sic).

La schizophrénie qui se manifeste au sujet de l’utilisation du français porte aussi sur les soins médicaux. La France est certes qualifiée d'ennemi historique ou éternel, mais ses hôpitaux sont recherchés.

Avec cet « ennemi » bien-aimé, les sujets de désaccord sont nombreux et la France fait tout pour éviter de donner le sentiment d'intervenir dans les affaires intérieures de l’Algérie. E. Macron a cependant « clairement réhabilité le hirak lorsqu'il a parlé d'un « système fragilisé par le hIrak » aux jeunes qu'il recevait à l'Élysée » en septembre 2021. L’accueil des « Harkis » en France est un sujet de discorde. En réponse à une remarque du président Bouteflika, E. Macron a dit : « Il n’est pas possible de parler de collaborateurs à propos des harkis, soixante ans après la guerre, il faut un travail de deuil et de mémoire ; le temps a passé ». Le « système » peine à oublier ou fait semblant. La « rente mémorielle » est un filon inépuisable et le « système » n’est pas près de s’en priver. C’est pourquoi, les propos du président français ont été une pilule amère, mais qui a néanmoins été avalée.

Avec l’autre « éternel » bouc-émissaire, le Maroc, les autorités algériennes ne prennent pas de gants.

En réalité, et Xavier Driencourt parle en connaissance de cause, : « la relation avec eux [les Algériens] est une épreuve permanente, seul compte le rapport de force ».

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L'énigme algérienne, Chroniques d'une ambassade à Alger, Xavier Driencourt

Ed de l'Observatoire, 2022