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dimanche 13 août 2023

Israël et le Sahara marocain

Dans un texte qui circule sur les réseaux sociaux, il est demandé aux Marocains « qui se félicitent de la reconnaissance par Israël de la marocanité du Sahara » d’expliquer « en quoi cette reconnaissance est-elle importante pour le Maroc ».

J’ai déjà eu l’occasion de répondre à cette question avant qu’elle ne soit posée (ici et ici), je vais refaire l’exercice en tâchant de ne pas trop me répéter.

Commençons par corriger, de nouveau, une erreur fréquemment commise : Le Maroc n’a pas besoin et ne demande pas que l’on « reconnaisse la marocanité du Sahara ». Le Sahara EST marocain. En revanche, la reconnaissance internationale de la souveraineté du Maroc sur son Sahara est un acte diplomatique important et c’est un grand motif de réjouissance.

1-Une voix

« En quoi cette reconnaissance est-elle importante pour le Maroc ».

  •            Je me réjouis et me félicite chaque fois qu’un Etat prend la décision de reconnaitre la souveraineté de mon pays sur son Sahara. C’est valable aussi pour Israël. Qu’apporte la décision israélienne ? Une voix de plus aux Nations Unies, pour commencer, et ce n’est pas négligeable. Tôt ou tard, il faudra compter les voix pour que « notre acte de propriété du Sahara occidental soit déposé à la conservation foncière des Nations unies afin d’éliminer à jamais toute contestation » (Feu le roi Hassan II, Le Monde, 2 septembre 1992). Sur cette question, le renforcement du front intérieur est important, mais la bataille diplomatique l’est tout autant car le volet international est incontournable. A l’ONU, les batailles se gagnent avec du lobbying et des voix, pas avec des slogans.

2-Décompte

« Depuis une quinzaine d’années, la diplomatie marocaine s’est spécialisée [!] dans le décompte des pays avec nous, en faisant croire que le basculement d’un pays pour la solution marocaine est une grande victoire ».

  •           Sans nous attarder outre-mesure sur la perfidie de la formulation qui se veut réductrice, faisons remarquer que la diplomatie marocaine a pris des initiatives justes et mené des actions de main de maitre dans cette partie d’échecs où l’erreur n’est pas permise. Les résultats sont probants.
       Chaque soutien au plan marocain d’autonomie est un pas de plus vers la solution du différend. Dire que « cela ne change rien au règlement du conflit qui reste figé », est une appréciation relative, qui gagnerait à être ajustée à la lumière des faits.

3- Comparaison

La décision d’Israël « ne peut que nuire au Maroc », car le Maroc « sera comparé par certains pays » à Israël « qui occupe illégalement les territoires occupées par la force en Juin 1967 ».

  •            Ce ne sont pas « certains pays », mais un seul, l’Algérie, qui a fait cette comparaison et s’en sert dans sa campagne haineuse contre le Maroc. Reprendre de manière indirecte les arguments des ennemis du Maroc, en prenant la précaution de les glisser dans des propos généraux, est une technique connue.
         L’Algérie est encore citée et donnée comme exemple des pays qui « demandent l’application de la résolution de l’ONU sur le referendum d’autodétermination ». C’est un langage caduc et révolu. 

4- Protection

« Survalorisation d’Israël par nos ( ?) dirigeants », qui « croient qu’Israël est capable de les protéger ».

  •            C'est faire injure au Maroc et aux Marocains que d'affirmer qu'ils demandent à qui que ce soit de les protéger. Le Maroc n’a jamais demandé à Israël ou à personne d’autre de le protéger, à l’inverse de nos voisins qui ont sollicité la protection d’une grande puissance.

« Mais ont-ils oublié le sort des alliés fidèles d’Israël tels le Shah d’Iran, Hosni Moubarak et Benali ? ».

  •            D’autres chefs d’Etat, qui n’étaient pas des alliés d’Israël, ont connu le même sort. Attribuer leur chute (uniquement) à leur « alliance » avec Israël, c’est faire peu de cas de la volonté de leurs peuples. Faut-il donner des noms ?

5- Néocolonialisme

Des « pays africains qui s’émancipent de l’hégémonie néocoloniale et sioniste et se rapprochent de la Chine et de la Russie » « s’éloigneront du Maroc ».

  •            Je ne sais pas qui sont ces pays. Cette affirmation procède d’une analyse à courte vue, proche du wishful thinking, dictée plus par les sentiments que par une réflexion froide et lucide.

        Quant aux capacités militaires israéliennes, aux performances de ses armements, à l’image d’Israël et à l’état de la société israélienne, ce n’est pas le sujet.

6-Guerre

« L’engagement officiel de l’état sioniste au coté du Maroc signifie que le compte a rebours d’une guerre contre l’Algérie a commencé ».

  •            Tout d'abord, parler d'une guerre "contre" l'Algérie, au mieux est un contresens, au pire un parti-pris suggérant que c'est le Maroc qui déclencherait les hostilités. D'autre part, l’Algérie agresse déjà le Maroc depuis bientôt 50 ans par polisario interposé. Si ce n'est pas une guerre, cela lui ressemble.

7- Protectorat

Israël  « a tout intérêt [à la perpétuation du différend entre le Maroc et l’Algérie] pour s’implanter durablement dans la région et y créer un nouveau protectorat ».

  •            Là encore, on retrouve le langage algérien. Cette propagande bon marché destinée aux esprits simples ne mérite pas de réponse, tellement le propos manque de sérieux.

8- Dictatures

« Pour servir leurs intérêts neo coloniaux et maintenir les pays de la région sous le joug des dictatures, la position occidentale est pour la perpétuation du conflit ».

  •        Vieille rengaine, usée jusqu’à la corde, puisée dans le stock apparemment inépuisable des clichés et mots d’ordre qu’une certaine mouvance s’ingénie à cultiver depuis les années 60 du siècle dernier. Au passage, de quelles dictatures parle-t-on au juste ?  

9-Israël et Maroc

  •            Israël ne poursuit aucun intérêt « colonialiste et mafieux » au Maroc. Il n’use avec le Maroc ni  de « chantage », ni de « subversion » ni de « crime ». Israël n’a jamais nui aux intérêts du Maroc, contrairement aux « révolutionnaires » voisins et aux « frères » lointains. Israël a apporté plusieurs fois au Maroc une aide inestimable, dans des circonstances difficiles.

10- Palestiniens

  •            Je suis de ceux qui refusent de dresser un parallèle entre l’attitude d’Israël et celle de l’Autorité palestinienne. Cette dernière n’a pas reconnu la souveraineté du Maroc sur son Sahara et on peut la comprendre. Outre qu’un tel acte n’aurait qu’une portée symbolique, il susciterait la colère d’Alger et les Palestiniens ont besoin de tous les appuis, y compris de la part des Etats qui font de la cause palestinienne un fonds de commerce. C’est pourquoi, le Maroc respecte l’attitude des autorités palestiniennes. En revanche, on peut demander aux Safwat Ibrahim Ibraghith et autres Jibril Rajoub de se taire.

A l’annonce de la décision israélienne, des Israéliens sont sortis chanter et exprimer leur joie, en brandissant le drapeau marocain. On aimerait voir aussi des Palestiniens, pas des officiels, mais de simples citoyens, manifester, un keffieh aux couleurs marocaines autour du cou, en soutien aux droits des Marocains sur leur Sahara. Ce serait un autre motif de joie.    

mercredi 19 juillet 2023

Israël-Sahara marocain : Un soutien de poids

Israël a officialisé sa reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur ses provinces du sud. Un coup de tonnerre dans un ciel bleu ? Oui, assurément. Une surprise ? Pas vraiment.

Contrairement à ce qui a été dit, l’annonce n’a pas été retardée parce que Tel Aviv aurait posé des conditions ou exigé une contrepartie. L’appui israélien au Maroc dans cette question est sans faille et n’a jamais fait de doute. Il restait seulement à déterminer le moment le plus approprié pour faire l’annonce officielle. Le timing était important et l’alignement des planètes tout autant. La diplomatie marocaine, en maitresse aguerrie des horloges, a finalement estimé le moment venu. «Avant l'heure, c'est pas l'heure ; après l'heure, c'est plus l'heure » a dit feu Hassan II dans une conférence de presse, en 1972, reprenant une phrase de Jules Jouy qui a donné son titre à une chanson connue.

La lettre de Benyamin Netanyahu a été rendue publique le 17 juillet, soit le jour de l’expiration des accords du Maroc avec l’Union européenne et une semaine avant les élections générales en Espagne. On peut y voir des messages à l’intention de ceux qui croient pouvoir agiter la menace d’un revirement.

La lettre israélienne non seulement fait part de la décision de reconnaitre la marocanité du Sahara, en précisant qu’il s’agit d’une « décision d’Etat », mais elle va plus loin et expose les intentions du gouvernement israélien  ainsi que les mesures qu’il compte prendre dans le but de concrétiser cette décision.

Le Premier ministre israélien indique, en effet, que 

  • la décision israélienne sera « reflétée dans tous les actes et les documents pertinents du gouvernement israélien ».
  • cette décision sera notifiée « aux Nations Unies, aux organisations régionales et internationales dont Israël est membre, ainsi qu’à tous les pays avec lesquels Israël entretient des relations diplomatiques ».
  • Israël envisage l’ouverture d’un consulat à Dakhla.

·    La feuille de route est précise, elle sera respectée à la lettre.

Dans la hiérarchie de la panoplie des formules diplomatiques qui ont été utilisées par les Etats pour exprimer leur soutien au Maroc, la déclinaison israélienne se place au même niveau que la « Proclamation reconnaissant la souveraineté du Royaume du Maroc sur le Sahara occidental » qui a été signée le 10 décembre 2020 par le président des Etats-Unis d’Amérique, Donald J. Trump. Il n’y a pas de formule alambiquée ni de circonlocutions ou de demi-mots. La déclaration israélienne est claire et forte et traduit un engagement résolu aux côtés du Maroc, bien au-delà d’un appui de circonstance à la proposition marocaine d’autonomie.

 

Israël n’est pas un Etat quelconque et sa décision n’est pas anodine comme se plaisent à le dire les renégats de Tindouf désorientés en l’absence d’une réaction officielle d’Alger. La reconnaissance israélienne aura des conséquences à grande échelle tant elle met la pression sur tous ceux qui hésitent ou trainent les pieds.

D’aucuns spéculent sur la contrepartie ou les concessions qui ont été obtenues par la partie israélienne. Certes, dans les relations entre Etats, il n’y a pas place pour les sentiments. Mais, justement, la relation entre le Maroc et Israël n’est pas banale. Elle est sans doute faite d’intérêts, mais la charge émotionnelle l’emporte sur toute autre considération. Les Israéliens, en général, qu’ils soient ou non originaires du Maroc, aiment notre pays. Quant aux Juifs marocains ou ayant des origines marocaines, qu’ils soient ou non Israéliens, le Maroc occupe une place à part dans leur cœur, ils ont pour la terre de leurs ancêtres une affection infinie, un amour passionnel et une loyauté à toute épreuve. Sans compter un respect et une grande admiration pour « Sidna ». Un membre de la Knesset, né à Casablanca, m’a dit en une occasion (en darija) : « Le Maroc est une terre sacrée, une couronne au-dessus de notre tête ». Ce ne sont pas des paroles en l’air, j’ai eu l’occasion de le vérifier plusieurs fois dans le cadre de mes fonctions. 

Des critiques ont été émises ici ou là, par quelques-uns, qui désapprouvent non pas la décision, mais l’Etat qui l’a prise. Les propos qui reviennent le plus souvent sur les réseaux sociaux, en laissant de côté les qualificatifs et les insultes dont Israël est affublé dans ces écrits, se résument grosso modo à ceci : « Nous n’avons pas besoin qu’Israël nous dise que notre Sahara est marocain » ; « C’est un abandon de la cause palestinienne ».

Corrigeons d’abord une erreur : Israël ne nous dit évidemment pas que notre Sahara est marocain, il annonce publiquement qu’il « reconnait » notre souveraineté sur ce territoire. La nuance est importante. Aux Nations Unies, c’est une voix de plus et tant que la question du Sahara est inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée générale et du Comité des 24, toutes les voix comptent. S’il fallait refuser l’appui des Etats dont quelques activistes ou formations politiques minoritaires n’approuvent pas la politique, nous serions bien seuls. Dans les relations internationales, ce qui compte, ce n’est pas la forme du faitout ni la tête du cuisiner mais le mets final. Pragmatisme, réalisme ou cynisme, le débat n’a d’intérêt que pour les rêveurs. Au reste, si un pays se range à mes côtés, je n’ai pas à le juger. Si deux pays antagonistes me soutiennent, je n’ai pas à prendre parti dans leurs querelles.  « Mon pays d’abord », voilà la devise qui guide mon attitude.  

Quant aux Palestiniens, il faut distinguer entre leur cause et la relation avec Israël. Le Maroc n’a jamais failli à son devoir de solidarité avec le peuple palestinien, malgré les sorties de route de quelques responsables de l’autorité palestinienne auxquels il n’y a pas lieu de tenir rigueur. Le drame palestinien est présent dans les préoccupations de la diplomatie marocaine, une diplomatie agissante qui ne se nourrit pas de slogans.  Même les rares Etats arabes qui, pour des raisons de politique intérieure,  affectent des positions radicales et proclament leur soutien « indéfectible et inconditionnel » à la Palestine ont modéré leurs ardeurs. Ils approuvent la solution à deux Etats,  reconnaissant par la même occasion implicitement cet Etat qu’ils continuent en dépit du bon sens à qualifier d’« entité ». 

Face à ces pseudos champions de la cause palestinienne, l’action du Maroc, discrète et pragmatique, est plus efficace.

Israël prête l’oreille à ce que lui disent les Marocains. Et si Israël murmure à celle des Grands, tant mieux.