mercredi 18 janvier 2023

Algérie : Un régime en fin de vie

Le président algérien a commis l’impardonnable. Dans un entretien publié par Le Figaro du 30.12.2022, en parlant des relations avec le Maroc, A. Tebboune a prononcé le mot tabou, « guerre ». Un chef d’Etat ne doit pas parler à la légère. Tebboune parlait-il à la légère ? La réponse a priori est oui car le personnage n’en est pas à sa première sortie de route. En voulant justifier la décision de la rupture des relations diplomatiques avec le Maroc, tout en donnant le beau rôle à son pays, le président algérien, faute d’arguments convaincants, semble avoir voulu dire qu’entre deux maux, la rupture des relations diplomatiques ou la guerre, son gouvernement a choisi le moindre. Dit autrement, Alger a opté pour la sagesse, ce qui est pour le moins inattendu. Notons cependant que la rupture des relations diplomatiques n’est pas une alternative à la guerre, mais en constitue souvent le prélude. Quant aux raisons de l’attitude algérienne, Tebboune n’en dira pas plus, mises à part les éternelles et énigmatiques accusations d’« actions hostiles » que le Maroc aurait commises contre l’Algérie.  De cette interview, la presse algérienne a retenu une déclaration tonitruante dont elle a fait ses gros titres : « L’Algérie est une puissance africaine ». CQFD.

Le 12 janvier 2023, le président français Emmanuel Macron, comme en réponse aux propos algériens, a dit dans Le Point ne pas croire que « la guerre soit une réalité qui va survenir; par contre je vois la spéculation chez les uns, le fantasme chez les autres et même la volonté de guerre chez certains, et je vois la distance que cela crée ». Le message aux généraux algériens est clair.

Entretemps, Xavier Driencourt a signé dans Le Figaro du 8 janvier 2022 une tribune consacrée à l’Algérie. L’auteur de « L’Énigme algérienne. Chroniques d’une ambassade à Alger » (Éditions de l’Observatoire, 2022) avertit : « l’Algérie va mal, beaucoup plus mal que les observateurs ou les rares journalistes autorisés le pensent ; 45 millions d’Algériens n’ont qu’une obsession : partir et fuir ». Connaisseur du pays où il a servi au total pendant sept ans comme ambassadeur de France (2008-2012 et 2017-2020) et peu suspect de sympathies pro-marocaines,  Driencourt émet un constat sévère : « "L’Algérie nouvelle "... est en train de s’effondrer sous nos yeux », écrit-il.

Le régime  algérien, pour  sa part, est ailleurs, occupé à  haïr le  Maroc. Car pour Alger,  la France  est l’ «ennemi éternel », mais le Maroc l’est tout autant, sinon plus.

Depuis 2020, ce régime, toujours selon Driencourt,  « a montré son vrai visage : celui d’un système militaire (formé, on l’oublie, aux méthodes de l’ex-URSS), brutal, tapi dans l’ombre d’un pouvoir civil, sans doute autant affairiste que celui qu’il a chassé, obsédé par le maintien de ses privilèges et de sa rente, indifférent aux difficultés du peuple algérien ».

Les généraux algériens n’ont « ni état d’âme ni scrupules quand il s’agit de la France ». Ils en ont encore moins quand il s’agit du Maroc.

La paranoïa de certains dirigeants algériens, civils et militaires, porte un nom: Sahara. Ils n’arrivent pas à accepter que le Maroc ait pu récupérer ses provinces du sud et, de surcroit, qu’il ait pu les garder contre vents et marées.

Acharnement

C’est là la raison majeure de l’acharnement du régime algérien dans son hostilité contre le Maroc. Tout le reste n’est qu’habillage et faux prétextes (guerre des sables, « actions hostiles », normalisation avec Israël, etc.). A Alger, certains nourrissent le fiévreux et obsessionnel espoir de déloger le Maroc de son Sahara. Ils ont tout essayé, de l’agression militaire, directe ou par polisario interposé, au harcèlement judiciaire, en passant par les voies diplomatiques, sans succès. Ne pouvant affronter directement le Maroc, ils ont eu recours en désespoir de cause à l’arme économique, sans résultat. Et cela dure depuis 1975 ! Ils n’ont réussi qu’à accumuler les déboires et les échecs. Aujourd’hui, ils sont en proie au désarroi le plus total car ils réalisent de plus en plus qu’ils ont perdu la partie.

Seule leur reste l’insulte et ils la pratiquent avec une constance sidérante. Il ne se passe pas un jour sans que le Maroc ne fasse les titres de la presse algérienne. L’agence officielle d’information Algérie Presse Service et les chaines publiques de télévision ne sont pas les dernières à déverser en permanence sur le Maroc des tombereaux d’offenses et de calomnies allant jusqu'à l'insulte. Tous les soirs ou presque, un reportage est consacré au Maroc par le journal télévisé de 20 heures de l’ENTV. On y montre des images, souvent anciennes, de manifestations au Maroc, agrémentées de commentaires peu amènes. Très souvent, les images sont détournées ou manipulées et présentées comme une protestation contre la « normalisation » avec « l'entité sioniste ». À en croire les médias algériens, le Maroc se trouverait au bord du gouffre. Dans un bel ensemble, on prédit à notre pays les plus sombres perspectives.

Voyons, par exemple, la presse écrite algérienne du 15 janvier 2023. Pas moins de 11 journaux arabophones et un nombre égal de leurs confrères francophones annoncent en Une un article sur le Maroc. Il s’agit le plus souvent des mêmes sujets, hostiles au Maroc, affublés des mêmes titres et rédigés à peu près dans les mêmes termes. Côté marocain, l’Algérie est absente dans les colonnes des journaux, hormis le communiqué de la FRMF demandant à la CAF l’ouverture d’une enquête à la suite des déclarations inacceptables de Zwelivelile Mandela.

Le but ultime étant d’amener le Maroc à accepter le diktat algérien, la campagne médiatique vise deux objectifs principaux, qui peuvent au demeurant se combiner : 

-   Montrer aux Algériens qu’ils vivent mieux que leurs voisins, dans un pays de cocagne où les citoyens n’ont pas besoin de manifester, où règne la concorde sous la conduite éclairée de chefs d’une armée populaire ;

-   Provoquer un sentiment de révolte chez les Marocains et exacerber les tensions sociales.

Il est plus que douteux qu’une propagande aussi grossière réussisse à convaincre qui que ce soit. La méthode employée, qui a été apprise dans des officines qui ont disparu, relève d’un autre âge et le monde d’alors n’existe plus. Depuis, il y a eu les chaines satellitaires et les réseaux sociaux.

Quant à provoquer des troubles chez le voisin, on rappellera le proverbe: « Celui qui a un toit de verre ne jette pas de pierres à son voisin ».

Cela étant, il n’est pas souhaitable que « l’Algérie s’effondre ». Que le régime militaro-sécuritaire actuel tombe, c’est une question qui ne regarde que les Algériens, mais que le pays sombre dans le chaos, ce ne serait sûrement pas une bonne nouvelle. Au Maroc, on ne joue pas avec le feu.

Insultes dans les stades

Non contents d'avoir fermé la frontière terrestre et coupé les relations diplomatiques avec le Maroc en se prévalant d'arguments fallacieux, le régime algérien a édicté des mesures aussi nombreuses que variées: interdiction de l'espace aérien algérien aux aéronefs marocains, interdiction aux entreprises algériennes d'établir des relations d'affaires avec les entreprises marocaines, etc. Sans compter des décisions dans le registre grotesque comme de bannir le Maroc du bulletin météorologique de la télévision publique, de ne pas mentionner l'équipe du Maroc au récent Mondial de Qatar, de sanctionner des militaires qui ont eu le tort d'applaudir aux exploits des Lions de l'Atlas, etc. Bientôt, il ne faut plus s’étonner de rien, la prononciation du mot « Maroc » en Algérie sera passible des tribunaux.

Le régime algérien prétend qu’il n’en a pas après « le peuple marocain frère » mais qu’il vise ce qu’il appelle curieusement « le Makhzen », terme auquel la presse algérienne donne une connotation dépréciative qu’il n’a pas au Maroc. En outre, en Algérie aussi le concept a longtemps été utilisé (Abd el Kader, sa vie politique et militaire - Alexandre Bellemare, Paris 1863). En réalité, les mesures prises par Alger ne pénalisent que la population, marocaine et algérienne, qu’il s’agisse de l’expulsion massive de Marocains en 1975, de la fermeture de la frontière terrestre ou du refus de l’ouverture de l’espace aérien algérien à l’avion de l’équipe marocaine de football, entre autres.

Un autre domaine dans lequel la hargne des généraux algériens trouve à s'exprimer abondamment est celui de l'appropriation de tout ce qui est marocain. Après le caftan, après le zellige, après tant de produits et d'articles typiquement marocains devenus subitement algériens, le pillage méthodique continue et sombre parfois dans le ridicule.

On en sourirait si l’animosité entre les peuples marocain et algérien n’était en train de prendre des formes et des proportions alarmantes.

Sur les réseaux sociaux, la « guéguerre » fait rage entre Marocains et Algériens. De chaque côté, on rivalise d’ingéniosité pour humilier, rabaisser ou blesser ceux d’en face. C'est à qui se montrera le plus ironique, le plus mordant, le plus insultant.  Les échanges étaient rarement courtois mais un pas a été franchi avec l’irruption de la campagne dans les stades de football. Les insultes inadmissibles qui ont été scandées contre les Marocains dans les tribunes du stade d’Alger sont le résultat direct de l’action malsaine du régime algérien. Alger a réussi l’exploit douteux d’exacerber les sentiments anti marocains en jouant sur la fibre patriotique et en mobilisant ses nervis, creusant ainsi de plus en plus le fossé entre les deux peuples. Désormais, toutes les dérives sont possibles.

Halte au feu !

Je pense que la guerre sur les réseaux est une perte de temps. C'est du Sisyphe pur. Côté algérien, tout donne à penser qu'il y a une stratégie savamment orchestrée par des services spécialisés pour asticoter les Marocains. Les auteurs sont vraisemblablement des agents formés et payés pour exécuter cette tâche exaltante qui consiste à provoquer les Marocains. L'indifférence serait la meilleure réponse car il ne sert à rien de s'épuiser dans des joutes interminables et sans intérêt, sauf lorsqu'il s'agit de remettre les pendules à l'heure en cas de falsification d'une donnée concernant le Maroc, par exemple sur certains sites Internet. Pour le reste, j'estime qu'il faut laisser aller, sans s'émouvoir outre mesure bien qu’il soit parfois difficile, je le reconnais, de garder sa sérénité et se retenir de rendre coup pour coup.

Pareillement, il faudrait garder son calme et ne pas se laisser entraîner dans l'échange d'insultes. Je garde un vague souvenir d'une émission de Radio Maroc en arabe dans laquelle un humoriste dont je n'ai pas retenu le nom tournait en bourrique les dirigeants algériens et leurs alliés égyptiens au moment de la « guerre des sables ». Je crois savoir que le programme était très suivi des deux côtés de la frontière et qu'il faisait beaucoup rire. C'est dire que ce n'est pas le savoir-faire qui nous manque, ni la gouaille, nous pouvons leur rendre la monnaie de leur pièce au quintuple, mais à quoi bon ?

Je serais d'avis de bannir de notre langage les noms d’oiseau. Commençons par ne plus nous référer aux généraux algériens comme des « caporaux » (par égard pour ce grade de sous-officiers qui méritent tout le respect). La dérision peut être à double tranchant. Retourner l’injure à ceux qui en font un moyen d’expression, c'est descendre à leur niveau - et il ne fait pas bon être dans les sous-sols. D’autre part, la distinction est souvent difficile à faire entre le peuple et ses dirigeants et l’invective finit tôt ou tard, malgré les précautions, par être ressentie comme dirigée contre la population. Mes amis algériens me disent qu’il leur arrive de monter au créneau moins pour se poser en avocat de tel ou tel responsable que pour défendre l’Algérie, leur patrie. Ces mêmes amis, installés en France ou … au Maroc, n’iront pour rien au monde vivre en Algérie, mais ils ne supportent pas que leur pays soit critiqué.

Il serait sage de mettre bon ordre dans la cacophonie générale. « Halte au feu ! » serait-on tenté de crier sur tous les fronts des réseaux sociaux, à l’adresse de ceux qui, de bonne foi, répondent du tac au tac. Il y a également ceux qui ont trouvé dans cette « guéguerre » un filon dont ils ont fait un fond de commerce qu’ils exploitent sans vergogne.

 

Le mot d'ordre dans les sphères officielles est clair : ne pas répondre à nos voisins. Ignorer leurs menaces et leurs poussées de fièvre, les laisser donner libre cours à leur délire. Le monde entier a découvert leur vrai visage, notamment à l’occasion des diverses rencontres et réunions internationales qui ont récemment eu lieu: Jeux méditerranéens, Sommet de la Ligue arabe, coupe du monde de football au Qatar, Championnat d'Afrique des Nations (CHAN).  

Bien évidemment, il faudra continuer à dénoncer les manœuvres du régime algérien et donner la réplique à ses portevoix, mais dans le cadre d’un débat responsable. Si le président Macron a décelé « la volonté de guerre chez certains », ce sont ceux-là mêmes qui téléguident les provocations. Le Maroc ne fait qu’exercer son droit de légitime défense, et il le fait de la plus belle manière, sans déclarations intempestives ni gesticulations, que se soit sur le terrain, dans les réunions internationales ou dans les médias. Tout en tendant la main à son voisin et en prônant une politique de l’apaisement, le Maroc reste droit dans ses bottes et marque des points. C’est pourquoi, malgré les slogans et l’obstination de façade, le régime algérien, saura, le moment venu, faire preuve de réalisme. Quand on est acculé, il faut lâcher du lest et négocier. Or, les nuages sombres s’amoncellent au-dessus de la tête des généraux algériens. Très prochainement, ils devront faire des choix difficiles et revoir toute la stratégie sur laquelle ils ont basé leur relation avec le Maroc depuis 1962. Ils devront, en particulier, et ce n’est pas le moindre de leurs casse-têtes, décider du sort des bandes armées du polisario.

Les semaines et les mois à venir seront décisifs. Si les dirigeants algériens ont l’intelligence de prendre le train avant qu’il n’ait quitté la gare et s’ils se décident à bâtir avec le Maroc un bon voisinage, ils pourront enfin s’atteler à l’édification de leur pays - ce qui ne serait pas plus mal.

jeudi 22 décembre 2022

France-Maroc: Vision au sud de la Méditerranée, visas au-delà



La visite à Rabat le 14 décembre dernier de Mme Catherine Colonna, la ministre française des Affaires étrangères, laisse une impression mitigée. Cette visite a eu au moins le mérite de rendre publiques les positions des deux parties sur plusieurs sujets.

Les visites ministérielles, habituellement, se préparent soigneusement en amont, au niveau des  « experts ». On se met d'accord sur l'ordre du jour et sur le communiqué commun ou les déclarations finales. S’agissant de la visite de Mme Colonna, tout donne à penser que la procédure n’a pas été respectée. Est-ce parce que, côté français, on a voulu forcer la main au partenaire marocain ? Pour avoir été mêlé à quelques épisodes similaires, je peux témoigner que les « visites surprises » visant à forcer le destin produisent rarement les effets escomptés, tout au plus peuvent-elles servir à rétablir le contact et réinstaurer un canal de dialogue après une rupture passagère.

Catherine Colonna a considéré comme un « atout » de voir que le Maroc « s’est profondément transformé », « continue de se transformer » et « joue un rôle majeur, aujourd’hui, en Méditerranée et en Afrique » pour préciser que la France « elle aussi se réforme, s’adapte, se transforme », « elle aussi a changé profondément ». On serait tenté de déceler dans les propos de la ministre une invitation au Maroc à s’adapter à une nouvelle France, et non l’inverse. E. Macron ne s’est-il pas exclamé récemment à propos de la question des visas et de la réadmission : « La France a le droit d'être susceptible aussi » ?

Entre le Maroc et la France,  il n'y a pas crise, nous dit-on. « Le Maroc et la France sont à l’unisson » a dit Mme Colonna, qui a aussi évoqué « le partenariat d’exception, fraternel et moderne » ainsi que le caractère « exemplaire » et la « singularité » de la relation entre les deux pays, unique au monde, a-t-elle souligné.

Mais il y a indéniablement une fâcherie. Côté marocain, on ne cache pas son dépit, ce que la partie française affecte de ne pas comprendre et semble vouloir ignorer. C’était visible et palpable lors de la conférence de presse. Malgré le ton enjoué de la ministre et ses sourires (crispés), les regards qu’elle jetait à son collègue marocain comme autant de bouteilles à la mer pour avoir son approbation, en vain, en disent long sur le courroux marocain. Elle était à la peine, Catherine Colonna.

Ce ne sont pas encore les grandes retrouvailles, cela manque à la fois de chaleur et de conviction, certains regards en biais, des non-dits et quelques piques le montrent: il y a encore du travail à faire.

Pourtant, la partie française savait parfaitement ce que l’on attendait de la ministre à Rabat. Pourquoi avoir fait le déplacement si Paris campe sur ses positions ? Lorsqu’elle affirme que la position de la France sur le Sahara, « claire et constante », « est favorable au Maroc…et donc nous ne changeons pas», la ministre va assurément dans le sens souhaité par Rabat, mais, à bien y regarder, ne donne-t-elle pas aussi à penser, a contrario et en termes moins diplomatiques, que la France n'ira pas plus loin ?  Par ailleurs, sa référence à « quelques entorses au cessez-le-feu » laisse perplexe.

Pour autant, Madame Colonna n’est pas venue à Rabat avec la besace vide. En annonçant la restauration d’une relation consulaire complète entre les deux pays, entendez la levée des restrictions sur les visas, elle s’attendait selon toute vraisemblance à  des remerciements, à tout le moins à un hochement de tête approbateur. Elle a eu droit à une indifférence polie : le Maroc prend acte, sans plus.

Dialogue de sourds

La France parle visas lorsque le Maroc parle vision. Les mots magiques sont : « prisme », « zone de confort », « évolution », « adaptation », « rénovation », « type de solution ».

Dit autrement, le Maroc pose la question de savoir quelle est la finalité du processus politique onusien? Quel est le terminus? Qu’entend-on au juste, à  ce stade, par « solution politique juste, durable et mutuellement acceptable, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies » ? La France, a dit la ministre, soutient le cessez-le-feu et les efforts de l’Envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU, ce qui, il faut bien le dire, est le moins qu’on puisse attendre de n'importe quel Etat aimant la paix.  La France soutient la proposition marocaine d’autonomie et Mme Colonna a raison de rappeler que son pays a longtemps fait cavalier seul sur ce point. Le Maroc le reconnait volontiers. Mais, aujourd’hui, Paris est quelque peu à la traine par rapport aux Etats-Unis et plusieurs pays européens, dont l’Espagne voisine. Le temps n'est-il pas venu de penser à une mise à jour ? La formule présentant le plan d’autonomie marocain comme une « base de discussions sérieuse et crédible » gagnerait à être rénovée et explicitée. A défaut, le conseil de sécurité va tourner en rond pendant longtemps.

Et si la France suivait l’exemple de l'Espagne, qui a pris une décision courageuse à la fois pour aider à mettre fin à un différend dont tout le monde s'accorde à dire qu'il n'a que trop duré et, par la même occasion, sauvegarder ses intérêts dans la région ? La réaction algérienne, certes brutale et maladroite, n'a pas ébranlé le gouvernement espagnol.

L’Espagne et la France ont en commun de connaitre parfaitement l’histoire de la région, de par leur passé de puissances protectrices ou colonisatrices respectivement du Maroc et de l’Algérie. Elles détiennent à cet égard des dossiers anciens et connaissent toutes deux le dessous des cartes.

La France pourrait-elle faire preuve de détermination face au chef d’Etat-Major algérien ? Elle le peut, sans aucun doute, car elle ne manque pas d'arguments dissuasifs.

La France a tout intérêt à  faire bouger les lignes rouges qu'elle semble s'être imposé dans la question de l'intégrité territoriale du Maroc. C’est seulement à ce prix que ce grand pays pourra continuer à jouer un rôle au Maghreb, rôle  qui va en s’amenuisant si personne n'y met le holà.

D’aucuns expliquent la valse hésitation de la diplomatie française par son souci de ménager à la fois la chèvre et le chou. On parle d’équilibrisme, d'où la visite concomitante du ministre français de l'Intérieur, Gérard Darmanin en Algérie. Je ne le crois pas. Je ne crois pas que les autorités françaises se préoccupent de la réaction algérienne.

Après tout, si l'Algérie dit et crie sur tous les toits en dépit du bon sens qu’elle n'est pas partie dans le différend concernant le Sahara, la France, après d’autres Etats, peut la prendre au mot et lui retourner l’argument.

G. Darmanin s’est rendu à Alger le même jour dans le seul but d’annoncer au gouvernement algérien la « bonne nouvelle » concernant les visas, pour qu’il ne soit pas dit que l’information est venue de Rabat.

Le président Macron, quand il le veut, ne s'embarrasse pas de figures de styles excessives et sait ne pas mâcher ses mots. Il n'a pas hésité à  bousculer la présidence algérienne et sa hiérarchie militaire lorsqu'il a accusé, en octobre 2021, le « système politico-militaire » algérien de réécrire l’histoire officielle afin d'entretenir sur le dos de la France une « rente mémorielle ». Le président français a ajouté, à propos de Tebboune : « il est pris dans un système qui est très dur » et s’est demandé s’il y a eu une nation algérienne avant la colonisation française. Propos durs s’il en est. Le pouvoir algérien, après des protestations de pure forme, est vite rentré dans les rangs. C’est dire que l’épouvantail algérien brandi par certains à Paris pour justifier la pusillanimité française cache mal d’autres raisons, qui restent pour le moment peu claires.

Certes, la France est un des 5P (les membres permanents du conseil de sécurité de l'ONU) et, à ce titre, elle a une responsabilité globale. Les Etats-Unis en ont autant, sinon plus.

Certes la France a des intérêts à sauvegarder aussi bien au Maroc qu'en Algérie. C'est valable pour tous les pays, à commencer par l'Espagne, qui considèrent le plan d'autonomie marocain comme la solution la meilleure, la plus crédible et la plus réaliste. En un mot, la seule solution, les autres voies étant obsolètes ou impraticables.

Pour l’heure, les perspectives d’une fin de bouderie semblent encore incertaines. Les semaines à venir, avant la visite d’Etat projetée du président français, verront peut-être des avancées dans la voie de la rénovation et de l’adaptation que les uns et les autres appellent de leurs vœux.

Il n’y a pas « crise » dans les relations maroco-françaises, mais le cœur n’y est pas encore. Les deux pays sont à la croisée des chemins et la balle est dans le camp français. La France saura-t-elle prendre la bonne voie ?  

vendredi 16 décembre 2022

La « rasd » et ses soutiens: Un clan sulfureux

                                                         El Observador, Montevideo, 14.12.2022

 

L’Uruguay annonce son intention de geler ses relations diplomatiques avec la « rasd ».

 La décision uruguayenne, si elle se confirme, mettra fin à une anomalie diplomatique et réparera une erreur historique. La reconnaissance de la « rasd » a eu lieu en 2007 sous la présidence du socialiste Tabaré Ramón Vázquez Rosas à la tête d’une alliance de la gauche incluant d'ex-Tupamaros (mouvement politique d'extrême gauche prônant la guérilla urbaine). Cet acte avait fait entrer l’Uruguay, pays démocratique avancé, dans un groupe restreint où il était en douteuse compagnie.

En effet, l’étrange entité qui a été proclamée sur le sol algérien le 27 février 1976 a été reconnue le lendemain par la république malgache, puis, au cours des jours suivants par l’Algérie et par d’autres pays africains.

L'appareil algérien s'est/a dépensé sans compter pour obtenir ces reconnaissances, en puisant généreusement dans ses pétrodollars et en n'hésitant pas à recourir au mensonge et à l'amalgame.   

Cependant, peu à peu la vérité a fini par triompher tant il est vrai qu’on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps, et de nombreux pays ont retiré, gelé ou suspendu leur reconnaissance de la « rasd ».

Sur les trois Etats européens qui s’étaient laissé tenter, deux ont disparu : la Yougoslavie a éclaté tandis que la RDA a été absorbée par la RFA. L’Albanie, pour sa part, a corrigé son erreur en 2004.

En Asie, l’Inde a fini par revenir à de meilleurs sentiments en 2000, mettant ainsi fin à un grand et regrettable malentendu.

Plus récemment, le gouvernement suédois, au terme d'une période marquée par une forte tension dans les relations bilatérales et des démarches intensives, a renoncé, en janvier 2016, à reconnaitre la « rasd ».

Les derniers pays qui maintiennent leur reconnaissance de la « république » sont africains, asiatiques ou caribéens. Dans l’ensemble, on ne peut pas dire de ces pays qu'ils sont des modèles de démocratie et de respect des droits humains. Quelques-uns sont rangés dans la catégorie  d’Etats voyous ou font l’objet de sanctions. De l’Afrique du Sud à la Corée du Nord, en passant par l’Iran, sans oublier Cuba, le Venezuela et le Zimbabwe : régimes souvent corrompus, autoritaires, voire dictatoriaux, à l’image du régime algérien.

Feu le roi Hassan II a dit :

« Nous appartenons, nous les Marocains, à un club. […] Nos adversaires appartiennent à un clan ». (Antenne 2, 8 avril 1980)

Un clan sulfureux, où les généraux algériens et leurs acolytes du polisario sont en bonne compagnie.