Le président algérien a commis
l’impardonnable. Dans un entretien publié par Le Figaro du 30.12.2022, en
parlant des relations avec le Maroc, A. Tebboune a prononcé le mot
tabou, « guerre ». Un chef d’Etat ne doit pas parler à la
légère. Tebboune parlait-il à la légère ? La réponse a priori est oui car
le personnage n’en est pas à sa première sortie de route. En voulant justifier
la décision de la rupture des relations diplomatiques avec le Maroc, tout en donnant
le beau rôle à son pays, le président algérien, faute d’arguments convaincants,
semble avoir voulu dire qu’entre deux maux, la rupture des relations
diplomatiques ou la guerre, son gouvernement a choisi le moindre. Dit
autrement, Alger a opté pour la sagesse, ce qui est pour le moins inattendu.
Notons cependant que la rupture des relations diplomatiques n’est pas une
alternative à la guerre, mais en constitue souvent le prélude. Quant aux
raisons de l’attitude algérienne, Tebboune n’en dira pas plus, mises à part les
éternelles et énigmatiques accusations d’« actions hostiles » que le
Maroc aurait commises contre l’Algérie. De cette interview, la presse algérienne a
retenu une déclaration tonitruante dont elle a fait ses gros titres :
« L’Algérie est une puissance africaine ». CQFD.
Le 12 janvier 2023, le président
français Emmanuel Macron, comme en réponse aux propos algériens, a dit dans Le
Point ne pas croire que « la guerre soit une réalité qui va survenir;
par contre je vois la spéculation chez les uns, le fantasme chez les autres et
même la volonté de guerre chez certains, et je vois la distance que cela crée ».
Le message aux généraux algériens est clair.
Entretemps, Xavier Driencourt a
signé dans Le Figaro du 8 janvier 2022 une tribune consacrée
à l’Algérie. L’auteur de « L’Énigme
algérienne. Chroniques d’une ambassade à Alger »
(Éditions de l’Observatoire, 2022) avertit : « l’Algérie va
mal, beaucoup plus mal que les observateurs ou les rares journalistes autorisés
le pensent ; 45 millions d’Algériens n’ont qu’une obsession : partir et
fuir ». Connaisseur du pays où il a servi au total pendant sept ans
comme ambassadeur de France (2008-2012 et 2017-2020) et peu suspect de
sympathies pro-marocaines, Driencourt
émet un constat sévère : « "L’Algérie nouvelle "... est
en train de s’effondrer sous nos yeux », écrit-il.
Le régime algérien, pour sa part, est ailleurs, occupé à haïr le Maroc. Car pour Alger, la France est l’ «ennemi éternel », mais le Maroc l’est
tout autant, sinon plus.
Depuis 2020, ce régime,
toujours selon Driencourt, « a montré son vrai visage : celui d’un
système militaire (formé, on l’oublie, aux méthodes de l’ex-URSS), brutal, tapi
dans l’ombre d’un pouvoir civil, sans doute autant affairiste que celui qu’il a
chassé, obsédé par le maintien de ses privilèges et de sa rente, indifférent
aux difficultés du peuple algérien ».
Les généraux algériens n’ont
« ni état d’âme ni scrupules quand il s’agit de la France ». Ils en
ont encore moins quand il s’agit du Maroc.
La paranoïa de certains dirigeants
algériens, civils et militaires, porte un nom: Sahara. Ils n’arrivent pas à
accepter que le Maroc ait pu récupérer ses provinces du sud et, de surcroit,
qu’il ait pu les garder contre vents et marées.
Acharnement
C’est là la raison majeure de
l’acharnement du régime algérien dans son hostilité contre le Maroc. Tout le
reste n’est qu’habillage et faux prétextes (guerre des sables, « actions
hostiles », normalisation avec Israël, etc.). A Alger, certains
nourrissent le fiévreux et obsessionnel espoir de déloger le Maroc de son
Sahara. Ils ont tout essayé, de l’agression militaire, directe ou par polisario
interposé, au harcèlement judiciaire, en passant par les voies diplomatiques,
sans succès. Ne pouvant affronter directement le Maroc, ils ont eu recours en
désespoir de cause à l’arme économique, sans résultat. Et cela dure depuis
1975 ! Ils n’ont réussi qu’à accumuler les déboires et les échecs.
Aujourd’hui, ils sont en proie au désarroi le plus total car ils réalisent de
plus en plus qu’ils ont perdu la partie.
Seule leur reste l’insulte et ils la
pratiquent avec une constance sidérante. Il ne se passe pas un jour sans que le
Maroc ne fasse les titres de la presse algérienne. L’agence officielle
d’information Algérie Presse Service et les chaines publiques de télévision ne
sont pas les dernières à déverser en permanence sur le Maroc des tombereaux d’offenses
et de calomnies allant jusqu'à l'insulte. Tous les soirs ou presque, un reportage
est consacré au Maroc par le journal télévisé de 20 heures de l’ENTV. On y
montre des images, souvent anciennes, de manifestations au Maroc, agrémentées
de commentaires peu amènes. Très souvent, les images sont détournées ou
manipulées et présentées comme une protestation contre la « normalisation
» avec « l'entité sioniste ». À en croire les médias algériens, le Maroc
se trouverait au bord du gouffre. Dans un bel ensemble, on prédit à notre pays
les plus sombres perspectives.
Voyons,
par exemple, la presse écrite algérienne du 15 janvier 2023. Pas moins de 11
journaux arabophones et un nombre égal de leurs confrères francophones
annoncent en Une un article sur le Maroc. Il s’agit le plus souvent des mêmes
sujets, hostiles au Maroc, affublés des mêmes titres et rédigés à peu près dans
les mêmes termes. Côté marocain, l’Algérie est absente dans les colonnes des
journaux, hormis le communiqué de la FRMF demandant à la CAF l’ouverture d’une
enquête à la suite des déclarations inacceptables de Zwelivelile Mandela.
Le but ultime étant d’amener le Maroc à
accepter le diktat algérien, la campagne médiatique vise deux objectifs
principaux, qui peuvent au demeurant se combiner :
- Montrer aux Algériens qu’ils vivent mieux que leurs voisins, dans
un pays de cocagne où les citoyens n’ont pas besoin de manifester, où règne la
concorde sous la conduite éclairée de chefs d’une armée populaire ;
- Provoquer un sentiment de révolte chez les Marocains et exacerber
les tensions sociales.
Il est plus que douteux qu’une
propagande aussi grossière réussisse à convaincre qui que ce soit. La méthode employée,
qui a été apprise dans des officines qui ont disparu, relève d’un autre âge et
le monde d’alors n’existe plus. Depuis, il y a eu les chaines satellitaires et
les réseaux sociaux.
Quant à provoquer des troubles chez le
voisin, on rappellera le proverbe: « Celui qui a un toit de verre ne jette pas de pierres à
son voisin ».
Cela étant, il n’est pas souhaitable
que « l’Algérie s’effondre ». Que le régime militaro-sécuritaire
actuel tombe, c’est une question qui ne regarde que les Algériens, mais que le
pays sombre dans le chaos, ce ne serait sûrement pas une bonne nouvelle. Au
Maroc, on ne joue pas avec le feu.
Insultes dans les stades
Non contents d'avoir fermé la
frontière terrestre et coupé les relations diplomatiques avec le Maroc en se
prévalant d'arguments fallacieux, le régime algérien a édicté des mesures aussi
nombreuses que variées: interdiction de l'espace aérien algérien aux aéronefs
marocains, interdiction aux entreprises algériennes d'établir des relations
d'affaires avec les entreprises marocaines, etc. Sans compter des décisions
dans le registre grotesque comme de bannir le Maroc du bulletin météorologique
de la télévision publique, de ne pas mentionner l'équipe du Maroc au récent
Mondial de Qatar, de sanctionner des militaires qui ont eu le tort d'applaudir
aux exploits des Lions de l'Atlas, etc. Bientôt, il ne faut plus s’étonner de
rien, la prononciation du mot « Maroc » en Algérie sera passible des tribunaux.
Le régime algérien prétend qu’il n’en
a pas après « le peuple marocain frère » mais qu’il vise ce qu’il
appelle curieusement « le Makhzen », terme auquel la presse
algérienne donne une connotation dépréciative qu’il n’a pas au Maroc. En outre,
en Algérie aussi le concept a longtemps été utilisé (Abd el Kader, sa vie
politique et militaire - Alexandre Bellemare, Paris 1863). En réalité, les
mesures prises par Alger ne pénalisent que la population, marocaine et
algérienne, qu’il s’agisse de l’expulsion massive de Marocains en 1975, de la
fermeture de la frontière terrestre ou du refus de l’ouverture de l’espace
aérien algérien à l’avion de l’équipe marocaine de football, entre autres.
Un autre domaine dans lequel la hargne
des généraux algériens trouve à s'exprimer abondamment est celui de
l'appropriation de tout ce qui est marocain. Après le caftan, après le zellige,
après tant de produits et d'articles typiquement marocains devenus subitement
algériens, le pillage méthodique continue et sombre parfois dans le ridicule.
On en sourirait si l’animosité entre
les peuples marocain et algérien n’était en train de prendre des formes et des
proportions alarmantes.
Sur les réseaux sociaux, la «
guéguerre » fait rage entre Marocains et Algériens. De chaque côté, on rivalise
d’ingéniosité pour humilier, rabaisser ou blesser ceux d’en face. C'est à qui
se montrera le plus ironique, le plus mordant, le plus insultant. Les échanges étaient rarement courtois mais
un pas a été franchi avec l’irruption de la campagne dans les stades de
football. Les insultes inadmissibles qui ont été scandées contre les Marocains
dans les tribunes du stade d’Alger sont le résultat direct de l’action malsaine
du régime algérien. Alger a réussi l’exploit douteux d’exacerber les sentiments
anti marocains en jouant sur la fibre patriotique et en mobilisant ses nervis,
creusant ainsi de plus en plus le fossé entre les deux peuples. Désormais,
toutes les dérives sont possibles.
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Halte au feu !
Je pense que la guerre sur les réseaux
est une perte de temps. C'est du Sisyphe pur. Côté algérien, tout donne à
penser qu'il y a une stratégie savamment orchestrée par des services
spécialisés pour asticoter les Marocains. Les auteurs sont vraisemblablement
des agents formés et payés pour exécuter cette tâche exaltante qui consiste à
provoquer les Marocains. L'indifférence serait la meilleure réponse car il ne
sert à rien de s'épuiser dans des joutes interminables et sans intérêt, sauf
lorsqu'il s'agit de remettre les pendules à l'heure en cas de falsification
d'une donnée concernant le Maroc, par exemple sur certains sites Internet.
Pour le reste, j'estime qu'il faut laisser aller, sans s'émouvoir outre
mesure bien qu’il soit parfois difficile, je le reconnais, de garder sa
sérénité et se retenir de rendre coup pour coup.
Pareillement, il faudrait garder son
calme et ne pas se laisser entraîner dans l'échange d'insultes. Je garde un
vague souvenir d'une émission de Radio Maroc en arabe dans laquelle un
humoriste dont je n'ai pas retenu le nom tournait en bourrique les dirigeants
algériens et leurs alliés égyptiens au moment de la « guerre des sables ». Je
crois savoir que le programme était très suivi des deux côtés de la frontière
et qu'il faisait beaucoup rire. C'est dire que ce n'est pas le savoir-faire
qui nous manque, ni la gouaille, nous pouvons leur rendre la monnaie de leur
pièce au quintuple, mais à quoi bon ?
Je serais d'avis de bannir de notre
langage les noms d’oiseau. Commençons par ne plus nous référer aux généraux
algériens comme des « caporaux » (par égard pour ce grade de
sous-officiers qui méritent tout le respect). La dérision peut être à double
tranchant. Retourner l’injure à ceux qui en font un moyen d’expression, c'est
descendre à leur niveau - et il ne fait pas bon être dans les sous-sols.
D’autre part, la distinction est souvent difficile à faire entre le peuple et
ses dirigeants et l’invective finit tôt ou tard, malgré les précautions, par
être ressentie comme dirigée contre la population. Mes amis algériens me
disent qu’il leur arrive de monter au créneau moins pour se poser en avocat
de tel ou tel responsable que pour défendre l’Algérie, leur patrie. Ces mêmes
amis, installés en France ou … au Maroc, n’iront pour rien au monde vivre en
Algérie, mais ils ne supportent pas que leur pays soit critiqué.
Il serait sage de mettre bon ordre
dans la cacophonie générale. « Halte au feu ! » serait-on
tenté de crier sur tous les fronts des réseaux sociaux, à l’adresse de ceux
qui, de bonne foi, répondent du tac au tac. Il y a également ceux qui ont
trouvé dans cette « guéguerre » un filon dont ils ont fait un fond
de commerce qu’ils exploitent sans vergogne.
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Le mot d'ordre dans les sphères
officielles est clair : ne pas répondre à nos voisins. Ignorer leurs menaces et
leurs poussées de fièvre, les laisser donner libre cours à leur délire. Le
monde entier a découvert leur vrai visage, notamment à l’occasion des diverses
rencontres et réunions internationales qui ont récemment eu lieu: Jeux
méditerranéens, Sommet de la Ligue arabe, coupe du monde de football au Qatar, Championnat d'Afrique des Nations (CHAN).
Bien évidemment, il faudra continuer à
dénoncer les manœuvres du régime algérien et donner la réplique à ses
portevoix, mais dans le cadre d’un débat responsable. Si le président Macron a
décelé « la volonté de guerre chez certains », ce sont ceux-là mêmes
qui téléguident les provocations. Le Maroc ne fait qu’exercer son droit de
légitime défense, et il le fait de la plus belle manière, sans déclarations
intempestives ni gesticulations, que se soit sur le terrain, dans les réunions
internationales ou dans les médias. Tout en tendant la main à son voisin et en
prônant une politique de l’apaisement, le Maroc reste droit dans ses bottes et
marque des points. C’est pourquoi, malgré les slogans et l’obstination de
façade, le régime algérien, saura, le moment venu, faire preuve de réalisme. Quand
on est acculé, il faut lâcher du lest et négocier. Or, les nuages sombres
s’amoncellent au-dessus de la tête des généraux algériens. Très prochainement,
ils devront faire des choix difficiles et revoir toute la stratégie sur
laquelle ils ont basé leur relation avec le Maroc depuis 1962. Ils devront, en
particulier, et ce n’est pas le moindre de leurs casse-têtes, décider du sort des
bandes armées du polisario.
Les semaines et les mois à venir
seront décisifs. Si les dirigeants algériens ont l’intelligence de prendre le
train avant qu’il n’ait quitté la gare et s’ils se décident à bâtir avec le
Maroc un bon voisinage, ils pourront enfin s’atteler à l’édification de leur
pays - ce qui ne serait pas plus mal.