lundi 3 octobre 2022

La « rasd », une « république » en Algérie

« Nous savons tous que la République sahraouie ce sont 40 tentes en territoire algérien. Elle n'est pas reconnue par les Nations unies et elle n'est reconnue que par un seul des 24 pays arabes »

   María del Carmen Alva, présidente de la commission des relations extérieures, Pérou.

                                                                                                                  26 septembre 2022
 

En 1976, l’Algérie a créé dans les environs de Tindouf des camps dans lesquels elle a installé une communauté de personnes d’origines diverses, dont une minorité de Marocains provenant de Saguia el hamra et Oued Eddahab.

  •     La « rasd » est une fiction

Peu après le départ des Espagnols du Sahara marocain en 1976, Alger a créé une « république » dans les camps de Tindouf. Cette initiative a privé le polisario du statut de mouvement de libération qu’il avait demandé auprès du comité de libération de l’Organisation de l’unité africaine, qui siégeait à Darussalam, en Tanzanie. L’OUA a en effet estimé « qu'il ne saurait être question de reconnaître le polisario comme mouvement de libération du Sahara occidental », tant il est vrai, a-t-elle ajouté en toute logique, qu’« il n’y a pas de mouvement de libération dans un territoire indépendant ». La décision de proclamer la « rasd » en renonçant du même coup à obtenir pour le polisario le statut de mouvement de libération était délibérée. Alger n’ignorait pas qu’un « mouvement de libération » installé hors du territoire ne pouvait avoir aucune crédibilité. Il fallait donc créer à la hâte une « république » pour pouvoir prétendre qu’il y a un « Etat » qui « lutte » pour « libérer » une partie de son territoire qui a été « occupé » par un pays voisin. D’où les affabulations au sujet de prétendus « territoires libérés ». D’où également les « communiqués militaires » qui sont prétendument datés de Bir Lehlou, et attribués non pas au polisario mais à « l'Armée populaire de libération ».  Toutes ces manœuvres visent à donner de la consistance et de la visibilité à la « rasd » et donner de la substance à la thèse fallacieuse d’un conflit entre le Maroc et la « république ».

Ainsi, dans les camps de Tindouf, il y a, à la fois, des bandes armées, à savoir le « front polisario » et de l’autre, une soi-disant « république » autoproclamée. En réalité, les dirigeants sont les mêmes, et la soi-disant « armée sahraoui » est constituée par les miliciens du polisario. Cet échafaudage souffre cependant d’un défaut majeur : le polisario comme la « rasd » sont hébergés en Algérie. La « rasd » n’est rien d’autre qu’une fiction juridique.

  •  La « rasd », facteur de zizanie

A l’origine, la « rasd » a été reconnue par des pays, africains et autres, mais la liste s’est considérablement amenuisée depuis que nombre d’entre eux ont retiré ou gelé leur reconnaissance, sans compter les pays qui n’ont jamais reconnu la « république ».

Il est remarquable de noter que, sur les 193 pays membres des Nations Unies, 84% ne reconnaissent pas la pseudo « rasd », soit les deux tiers des pays africains, 68% des pays d’Amérique Latine et des Caraïbes, 96% des pays asiatiques et 100% des pays européens et nord-américains (communiqué officiel, 18 août 2022).

Malgré des épiphénomènes ou des rechutes ici ou là, il y a nettement un phénomène de dégradation de l’image internationale de la « rasd ».

La diplomatie marocaine ne ménage aucun effort depuis 1976 pour démontrer que la « rasd » n’est pas un Etat souverain et indépendant et que c’est un facteur de zizanie et de déstabilisation en Afrique.  Les Etats africains le savent parfaitement, comme ils savent que c’est l’Algérie le vrai protagoniste dans ce litige,  mais ils ne sont pas près à en tirer les conclusions qui s’imposent par peur de faire éclater l’Union africaine. C’est un travail lent et délicat, qui requiert de la patience.

La sortie de la « rasd » de l’Union africaine n’est pas impossible, elle peut se produire de deux façons : politique ou juridique.

Voie politique

La « rasd » peut se retirer volontairement de l’Union africaine, mais il va de soi qu’elle ne le fera que si elle y est obligée. Cette décision ne peut se produire que si les pays qui soutiennent la « rasd », au premier rang desquels l’Algérie, se voient acculés à accepter cette issue. L’article 31 de l’acte constitutif de l’Union africaine énonce : « Cessation de la qualité de membre. 1. Tout Etat qui désire se retirer de l’Union en notifie par écrit le Président de la Commission qui en informe les Etats membres. »

Voie juridique

Il faut rappeler que le statut de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) prévoyait une condition essentielle pour l’admission à l’organisation, à savoir la nécessité d’être un « Etat africain indépendant et souverain » (Articles 4 et 28).

C’est la base juridique sur laquelle le Maroc s’est appuyé pour contester le dépôt par la « rasd » d’une demande d'admission à l'organisation africaine. Le Maroc, en effet, au cours du XVIIème sommet, qui s'est tenu à Freetown en 1980, a demandé à la Conférence de se prononcer au préalable sur une question préjudicielle, à savoir si la « rasd » remplissait les conditions requises en tant qu'Etat indépendant et souverain. Le vote n’a pas eu lieu et le lendemain, il a été décidé de laisser un Comité ad hoc poursuivre ses bons offices avec les parties concernées. Autrement dit, la conférence de l’OUA n’a jamais répondu à la question marocaine.

Les adversaires et les ennemis du Maroc, dans le but d’éviter la répétition de cette situation, et profitant de l’absence du Maroc qui a quitté l’OUA en 1984, ont supprimé cette disposition dans l’acte constitutif de l’Union africaine qui a été adopté en juillet 2000.

C’est dire que « l’expulsion » de la « rasd » de l’organisation africaine est juridiquement impossible, à moins de modifier l’acte constitutif de l’Union africaine. A ce sujet, il faut noter que les propositions de modification ou d’amendement de l’acte constitutif sont adoptées par « consensus ou, à défaut,  à la majorité des deux tiers » (Article 32-4).

Le Maroc doit réunir la majorité suffisante, soit 36 voix, pour pouvoir modifier l’acte constitutif et y inclure une disposition permettant  l’expulsion d’un Etat membre de l’Union africaine.

A ce sujet, les rapports de forces au sein de l'organisation africaine sont actuellement comme suit:

 

Pays africains ne reconnaissant pas la « rasd »

(en gras couleur ceux ayant ouvert un consulat dans les provinces du sud)

Pays africains reconnaissant la « rasd »

Pays africains favorables à la suspension de la « rasd » de l’Union africaine

1.          Benin

2.          Burkina Faso

3.          Burundi

4.          Cameroun

5.          Cap-Vert

6.          Comores 

7.          Côte d’Ivoire 

8.          Djibouti 

9.          Egypte

10.      Érythrée

11.      Eswatini

12.      Gabon 

13.      Gambie 

14.      Guinée   

15.      Guinée équatoriale

16.      Guinée-Bissau

17.      Kenya

18.      Liberia

19.      Madagascar

20.      Malawi

21.      Maroc

22.      Niger

23.      R. Centrafricaine  

24.      RD du Congo 

25.      R. du Congo

26.      S. Tomé-et-Principe

27.      Sénégal

28.      Seychelles 

29.      Sierra Leone 

30.      Somalie

31.      Soudan

32.      Soudan du Sud

33.      Tchad

34.      Togo

35.      Tunisie ( ?)

36.      Zambie

1.     Afrique du Sud

2.     Algérie

3.     Angola

4.     Botswana

5.     Éthiopie

6.     Ghana

7.     Lesotho

8.     Libye

9.     Mali

10. Maurice

11. Mauritanie

12. Mozambique

13. Namibie

14. Nigeria

15. Ouganda

16. Rwanda

17. Tanzanie

18. Zimbabwe

(+ « rasd »)

1.     Bénin

2.     Burkina Faso

3.     Burundi

4.     Cap-Vert

5.     Comores 

6.     Côte d’Ivoire 

7.     Djibouti

8.     Érythrée

9.     Eswatini

10. Gabon 

11. Gambie 

12. Ghana

13. Guinée   

14. Guinée équat

15. Guinée-Bissau

16. Liberia

17. Libye

18. Maroc

19. R. Centrafricaine  

20. R. du Congo

21. RD du Congo 

22. S.T.-et-Principe

23. Sénégal

24. Seychelles

25. Sierra Leone 

26. Somalie

27. Soudan

28. Togo

29. Zambie

 

Rappelons que 29 pays avaient signé en 2016 une motion demandant la suspension de la pseudo « république » des activités de l’Union africaine et de tous ses organes.

Parmi les 19 pays qui reconnaissent la « rasd », on peut considérer que 9 seulement constituent, pour le moment, le noyau dur des partisans inconditionnels de la « république ».  Il s’agit des pays qui avaient pris la parole en janvier 2017 à Addis-Abeba pour s’opposer au retour du Maroc à l’Union africaine : Afrique du Sud, Algérie, Angola, Botswana, Lesotho, Mozambique, Namibie, Ouganda,  Zimbabwe, auxquels s’ajoute la « rasd ». Les neuf autres, dont certains reconnaissent formellement la « rasd » mais sans prendre systématiquement son parti, peuvent changer de camp, comme on l’a vu récemment avec le Kenya. Leurs voix ou celles de quelques-uns parmi eux, ajoutées à celles des 36 (35 ?) pays ne reconnaissant pas la « rasd » pourront offrir une majorité confortable.

A terme, la voie juridique peut permettre de réparer l’erreur qui a été commise par l’OUA en 1984. Cependant il faut espérer que la sagesse prévaudra et que la « rasd » sera convaincue de se retirer volontairement, dans l’intérêt de notre continent. Un précédent existe : En 1983 à Addis-Abeba, la « république » s’est retirée « volontairement » pour permettre la tenue du XIXème sommet de l’OUA.

C’est à ce prix que pourrait s’ouvrir la voie vers une solution définitive et durable du différend maroco-algérien et vers un apaisement entre les deux voisins. 

mardi 27 septembre 2022

Logique algérienne

 

Le président algérien, dans son allocution d'ouverture d'une réunion gouvernement-walis, le 23 septembre 2022, a abordé au chapitre de la politique étrangère, la "question du Sahara Occidental". A ce sujet, Tebboune a affirmé, comme il le fait depuis trois ans, que

- Le soutien algérien au polisario est une "question de principe";

- La question du Sahara est une question de décolonisation et relève de la IVè commission des Nations Unies;

- L'Algérie n'a rien contre le Maroc;

- L'Algérie n'a pas de visées territoriales.

Ce sont là les arguments de la diplomatie algérienne depuis toujours et notre diplomatie y répond régulièrement en démontrant chaque fois leur caractère fallacieux et mensonger.

Sur la nature juridique du différend et les parties impliquées, le Maroc a toujours affirmé qu'il s'agit d'un différend bilatéral entre le Maroc et l'Algérie, artificiellement créé par Alger pour contrecarrer le parachèvement par le Maroc de son intégrité territoriale.

Il serait fastidieux et sans intérêt de démontrer une fois de plus l'implication directe de l'Algérie et le rôle qu'elle joue dans cette affaire, qui fait d'elle non seulement une partie au différend, mais l'interlocuteur unique du Maroc.Rares sont ceux qui croient encore que l'Algérie, dans sa croisade anti marocaine, est mue uniquement par des sentiments humanistes et désintéressés purs.

L'Algérie se débat dans la contradiction et l’incohérence:

- Elle dit défendre un principe, mais des principes elle n'a cure - et elle l'a montré en plus d'une occasion. Le dernier à pouvoir parler de principes, c'est bien le gouvernement algérien;  

- Elle dit qu'elle n'a pas de visées territoriales, mais elle ne peut pas nier qu'elle rêve d'un Etat-croupion peu peuplé, riverain de l'Atlantique et complètement à sa solde. C'était, aussi, le rêve de Franco;

- Lorsque le président algérien dit qu'il n'a rien contre le Maroc, on reste perplexe. C'est l'intégrité territoriale du Maroc qui est visée dans cette affaire, c'est le Maroc qu'on agresse, qu'on veut démembrer et affaiblir.  C'est le Maroc, et nul autre pays, qui est vilipendé et injurié dans les journaux algériens et tous les soirs à la télévision.

Il y a un seul Maroc, pas deux, et c'est le voisin de l'ouest. Et ce Maroc-là, certains dirigeants algériens lui vouent beaucoup de haine. Mais ils n'osent pas le lui dire, ils se contentent de le harceler.

Au nom d'une logique qu'ils sont seuls à comprendre, les dirigeants algériens croient pouvoir militer activement, diplomatiquement et militairement, contre l'intégrité territoriale du Maroc tout en affectant de ne nourrir aucune inimitié à l’égard de leur voisin. Ils le disent et le répètent, imperturbables, en dépit du bon sens.

Quand se décideront-ils à jeter le masque ? Un « haut responsable » algérien anonyme avait pourtant annoncé une « nouvelle approche » algérienne de la question du Sahara (echoroukonline.com, 19.11.2020). Selon cette source anonyme, "l’Algérie ne veut plus être un simple observateur dans le dossier du Sahara, mais une partie prenante participant directement aux pourparlers". Le haut responsable ajoutait qu'il "est impossible de parvenir à une solution à la question du Sahara, sous quelque forme que ce soit, sans la participation directe de l'Algérie en tant que partie principale dans la région concernée par le conflit et ses effets" et qu'il "est impossible d'imposer une solution en dehors de la volonté algérienne, de sa conception et de ses conditions".

Tout compte fait, l'Algérie n'a pas encore franchi le pas et continue à avancer à visage découvert.

"Le langage algérien est variable et inconstant, au gré des circonstances ", écrivions nous dans Sahara marocain, 20 questions pour comprendre (2018). "Ainsi, l'Algérie se présente tantôt comme un simple "observateur", tantôt seulement comme un "pays voisin" ou "limitrophe", ou encore un "pays intéressé", voire une "partie concernée", un "acteur important", un "simple membre de l'ONU" ou même une "partie prenante" dans le règlement de ce différend ". Pourtant, en novembre 1975, le gouvernement algérien faisait savoir au Secrétaire général des Nations unies: "Outre l'Espagne en tant que puissance administrante, les "parties concernées et intéressées" dans l'affaire du Sahara occidental sont : l'Algérie, le Maroc et la Mauritanie" (Rapport du Secrétaire général des Nations unies S/11880, 19.11.1975 - Annexe IV).

Si les statuts de "pays observateur", "pays voisin" ou "limitrophe", ou "simple membre de l'ONU" ne soulèvent pas de remarque particulière, et si l'Algérie est libre de se définir comme un "acteur important", on peut en revanche se demander en quoi elle peut se présenter comme un "pays intéressé" ou une "partie prenante" si elle n'avait pas d'ambitions ou d'appétits cachés.

L'Algérie aurait pu s'en tenir au statut de "partie concernée", compte tenu de ses préoccupations sécuritaires. Mais son activisme a fait d'elle une partie au conflit. Jusqu'à l'instauration du cessez-le-feu, en 1991, l'Algérie a même été une partie belligérante, engagée clandestinement et sans déclaration de guerre aux côtés d'un groupe armé dans des opérations militaires.

Aujourd’hui, après avoir rompu les relations diplomatiques avec le Maroc, l’Algérie lui mène une guerre systématique sur tous les fronts. C’est un véritable travail de sape qui est mis en œuvre, dans lequel des moyens considérables ont été mobilisés dans le but d’isoler le Maroc, le déconsidérer, lui créer des difficultés économiques et y semer la zizanie. Pire encore, Alger défie la communauté internationale en rejetant à la fois la solution politique préconisée par le conseil de sécurité des Nations unies et le plan d’autonomie proposé par le Maroc.  Après avoir pris part sans réserve au cycle des tables rondes, l’Algérie opère un revirement et qualifie ce mécanisme "d'inefficace et improductif".

Que propose alors Alger? Rien, à part le référendum qui, faut-il le rappeler, n'est plus une option. Accessoirement, Lamamra souhaiterait des négociations entre le Royaume du Maroc et … la "rasd". Visiblement, le ministre algérien ne connait pas le dicton marocain du chameau et de la chamelle : Si le Maroc n’a jamais considéré le polisario comme un interlocuteur valable, a fortiori une "république" fictive hébergée en Algérie et condamnée à terme.    

Peu importe que le polisario agisse (pour combien de temps encore ?) comme le représentant de la population du "Sahara occidental". Récemment, à Las Palmas les participants à la réunion historique "Melga Ahl Sahra", parmi lesquels des représentants authentiques des habitants des provinces marocaines du sud et d'anciens membres du polisario, ont dénié toute légitimité au groupe armé qui sévit à Tindouf.

Ø  Que représente le polisario ? 

Ø  De quel "peuple" parle-t-il ? 

Ø  Qui croit-il défendre depuis les camps de Tindouf ? 

Ø  De quelles réalisations peut-il se prévaloir en 47 ans?

Le polisario et ses commanditaires ont séquestré une population qu'ils ont réduite à la mendicité et obligée de vivre dans le dénuement total. L'Algérie refuse de recenser cette population au motif que c'est une question "purement technique" qui "fait partie intégrante d'un plan politique global dans le cadre du plan de paix adopté par les Nations Unies en 1990" (sic).

Ce recensement n'a de sens pour l'Algérie "que s’il s’inscrit dans le cadre d'un référendum". Décidément. Pour Alger, hors du référendum, il n'y a pas de salut.

A ce jeu, on peut faire du surplace ou tourner en rond longtemps encore. C'est pourquoi le Maroc a répondu à l'appel du conseil de sécurité et présenté son initiative. C'est pourquoi cette proposition a été largement soutenue par de nombreux pays, y compris parmi les plus influents. Elle s’impose progressivement et inexorablement comme la solution la plus réaliste et la plus crédible.

Les gesticulations et les menaces ne servent qu’à prolonger indéfiniment ce différend régional et les souffrances des otages parqués dans les camps de Tindouf.