lundi 20 janvier 2020

Guide de poche pour les soldats américains au Maroc


Le Maroc et les Marocains vus par les Américains en 1952


Le Département de la Défense des États-Unis a l’habitude de confectionner un guide pour les soldats américains stationnés à l’étranger. Le « Pocket Guide To French Morocco » élaboré en 1952 à l’intention des troupes américaines basées au Maroc ressemble à n’importe quel guide touristique. Le contenu, en effet, comprend une présentation générale du pays, de sa population, sa religion, son histoire, sa géographie, son climat, avec des informations pratiques utiles dans la vie quotidienne : système de mesures, monnaie, circulation automobile, etc. La partie centrale est constituée par des recommandations d’ordre général et des conseils sur l’attitude à observer dans des cas précis. Un glossaire de mots usuels en darija clôt le livret.
 
  « Guide de poche pour le Maroc français »
 
Après le débarquement des armées américaines au Maroc en 1942, les autorités du protectorat autorisèrent les Etats-Unis à implanter trois bases militaires, respectivement à Port Lyautey (Kénitra), Boulhaut (Benslimane) et Benguérir, des stations radar ou de télécommunications à Sidi Slimane, Sidi Yahya, Bouknadel et Saïdia et un dépôt de matériel à Nouaceur. Ces installations ont été progressivement évacuées après l’indépendance.

Le Maroc étant encore, en 1952, un protectorat français, le guide évoque en quelques lignes les Français, pour se concentrer sur les Marocains.

Voici comment le Département de la Défense des États-Unis voyait le Maroc et les recommandations qu’il donnait aux soldats américains.
Les soldats américains ne devaient pas oublier que leur pays avait été autorisé à installer et à exploiter des bases militaires dirigées contre « la menace d'un danger commun ». Ils devaient retenir trois choses : ils étaient les invités des gouvernements français et marocain (sic), ils devaient éviter les critiques à l'égard de l'administration française et ne pas prendre position dans le différend entre Marocains et Français au sujet de l’indépendance. Les GI’s  devaient se conduire en tout temps de manière à faire honneur à leur pays.
Le guide donne un aperçu de la géographie et de la « longue histoire » du Maroc, signalant que son emplacement a fait de ce pays, pendant des siècles, une zone stratégique. En 1787, le Maroc et les États-Unis ont conclu un traité d’amitié (qui est toujours en vigueur). Les États-Unis reconnaissaient le protectorat français, mais pas la zone espagnole.
Les Marocains sont parfois désignés de manière générique comme des « Arabes », parfois comme des « Musulmans ».
On apprend que l’analphabétisme est très élevé et le niveau de vie marocain bien inférieur à celui des États-Unis. Les commodités appréciées aux USA manquent. Les soldats sont prévenus qu’ils peuvent être « épouvantés » par les mouches et par la saleté.
Concernant les aliments, les fruits frais, les légumes et les viandes, de bonne qualité, sont beaucoup moins chers qu'aux États-Unis. Les repas dans les meilleurs restaurants et cafés peuvent être coûteux, mais il y a beaucoup de petits restaurants où des repas fins sont servis à des prix inférieurs à ceux des USA.
Islam
Les Marocains « sont très religieux ». En général, ils considèrent les personnes qui ne sont pas musulmanes comme des «infidèles» ou des «incroyants». En fait, ils estiment que leur religion est la seule vraie. Les soldats sont invités à ne pas regarder des musulmans prier en public et surtout, à ne pas les prendre en photo. Ils ne doivent pas essayer d'entrer dans une mosquée, ou même traîner à l'entrée d'une mosquée. Ils ne doivent jamais fumer ou cracher devant une mosquée.
Autre constatation : Il y a beaucoup de saints au Maroc. Certains lieux saints sont de petites huttes, des rochers sacrés, des grottes, des sources, des arbres. Il faut les éviter.
Ramadan
Les musulmans qui ont veillé tard pour rattraper le manger manqué pendant la journée ont soif, manquent de sommeil et ont souvent faim. Ils sont donc susceptibles d'être de mauvaise humeur. Pendant cette période, les étrangers doivent faire particulièrement attention à éviter les incidents désagréables.
Femmes
Le Coran permet à chaque homme d’avoir quatre femmes, mais peu de Marocains sont en mesure d'en entretenir plus d'une. La vie d'une femme marocaine est très différente de celle des femmes occidentales : Elle ne doit être vue que par les hommes de sa famille. Dans la rue, elle doit porter un voile. Les femmes berbères sont plus libres de se déplacer et, souvent, ne portent pas de voile. La fille du Sultan est dévoilée et des jeunes femmes marocaines suivent son exemple.
Autrefois, l'éducation des femmes marocaines était désapprouvée. Elles ne recevaient habituellement qu'une formation strictement religieuse. Aujourd'hui, cependant, de plus en plus de Marocains défendent l'éducation des femmes. Éduquées dans les écoles franco-musulmanes, elles apprennent l'artisanat et étudient les matières littéraires. En outre, les femmes ont le droit de posséder et de gérer leurs biens sans surveillance ni ingérence de la part des hommes.
Les hommes marocains sont extrêmement jaloux. Ils parlent rarement de leurs femmes, de leurs filles ou de leur mère avec d'autres hommes, même avec des amis musulmans. Il ne faut jamais demander à un Marocain des nouvelles de sa femme, de sa mère ou de sa sœur. Une règle à observer strictement: Ne jamais regarder une femme marocaine, ne jamais lui parler en public; ne jamais la bousculer, dans une foule ou ailleurs et ne jamais essayer de retirer le voile d'une femme ou de la toucher, d'une manière ou d'une autre.
Santé
·         Ne pas manger la nourriture vendue dans la rue ou dans les petits magasins. Peu importe ce que font les Marocains, eux ont accumulé au cours des siècles une certaine immunité contre la maladie.
·         Éviter de boire dans les ruisseaux, les puits publics et les fontaines. Faire bouillir l'eau.
·         Éviter de boire du lait frais ou des boissons gazeuses et de la crème glacée préparée localement.
·         Les puces, les poux et les tiques aiment se cacher dans les coutures des vêtements.
·         Les scorpions aiment se cacher dans des chaussures vides ou dans les litières.
 
  Comment se comporter avec les Marocains
Serrer la main des musulmans doucement. Beaucoup de musulmans, en particulier dans les villes, ont des mains fines qui peuvent facilement être blessées.
Un musulman peut parfois embrasser votre main, ou lever ses doigts à ses lèvres après vous avoir serré la main. Ne vous moquez pas de lui, c’est sa façon de montrer de la politesse.
Un homme peut porter des jupes et des boucles d'oreilles et être toujours un homme.
Il n’y a rien d’anormal chez des hommes qui marchent main dans la main.
Ne pas taper un Marocain dans le dos. Ne pas le pousser pour s'amuser, ni essayer de se battre avec lui, ou toucher son corps de quelque façon que ce soit. Il ne va pas aimer ça. Ils ne savent pas boxer. Mais ils savent se battre avec un couteau.
Les musulmans sont un peuple pudique et n’exposent pas leur nudité. Éviter de se déshabiller en leur présence.
Les musulmans sont très démocratiques et il n'y a pas de différence de couleur au Maroc. Traiter les gens de toutes sortes comme des égaux. Ne pas utiliser le mot français "indigène", les Marocains le considèrent comme insultant. 

 Chez les Marocains
Le Marocain attendra des compliments sur la beauté de sa maison et sur la nourriture servie. Attendre le signal de l’hôte avant de commencer à manger. Toujours rompre le pain à la main, ne jamais le couper avec un couteau. Et manger avec votre main droite, jamais avec la gauche, même si on est gaucher. Manger seulement une partie du premier plat; il peut y en avoir plusieurs autres à venir. Laisser de la nourriture pour les femmes et les enfants.
Ne pas apporter de chien dans une maison marocaine.
Circulation
Le non-respect des règles de la circulation est un passe-temps populaire. Il existe quelques feux de circulation, mais pratiquement aucun panneau d'arrêt. Néanmoins, les soldats américains sont invités à respecter les règles de la circulation. Leur violation par les Marocains n’autorise pas les étrangers à faire de même. Conduire prudemment, éviter les accidents à tout prix.
Mendiants
Il faut être « gentil » avec les mendiants. La plupart d'entre eux sont de véritables infortunés, et donner l'aumône aux pauvres est considéré comme une chose importante. Si on est approché par un mendiant, lui donner quelques francs. Mais prudence : Si on donne de l'argent à un mendiant quand d’autres traînent dans les environs, on risque de se retrouver encerclé par tous les mendiants présents.
Parmi les renseignements fournis dans le guide, on peut relever des affirmations ou des jugements contestables :
-      La majorité des Marocains parle arabe, observe les coutumes sociales arabes, porte des vêtements arabes et suit la religion arabe (sic).
-      Les caïds sont présentés comme étant des « magistrats religieux » (confusion avec les cadis).
-      Le Coran est la «Bible musulmane».
-      Le prophète Mohammed « semble s'être offert d'abord comme prophète du Dieu d'Israël, prêchant la religion d'Abraham par opposition aux religions païennes de La Mecque ».
-      La fête du Ramadan (« quelque chose comme le Carême ») tombe souvent pendant l'été. [Cependant, ailleurs dans le guide il est indiqué que « la fête du Ramadan, qui est le neuvième mois, peut tomber dans n'importe quelle saison »].
-      On ne sert pas d'alcool dans une maison musulmane.
-      Ne pas boire d'alcool en présence de musulmans et ne pas leur en offrir, ils seront offensés.
-      Les « musulmans » sont de grands buveurs de thé et ils en servent à leurs invités. Il faut toujours quitter après la troisième tasse de thé ( !), sauf si on est invité à rester pour un but spécial. A l’inverse, il n’est pas correct de partir avant de boire trois tasses (!!).
-      Un commerçant marocain est un négociateur astucieux. Il aime marchander sur les prix et il serait déçu si le client achètait au premier prix demandé (!).

De longs passages dans le guide ont été consacrés aux superstitions, en particulier au mauvais œil.
Le mauvais œil
Au Maroc, les superstitions sont fortes. L'une des plus fortes est la croyance dans le mauvais œil, « qui est reconnue par le Coran comme un fait ». L’œil peut transmettre des ondes diaboliques et des préjudices personnels. Dans certains endroits, les Marocains accusent le mauvais œil, plutôt qu'une cause naturelle, de 95 décès sur 100. Cette croyance dans le mauvais œil doit être prise au sérieux. Si le regard est accompagné de paroles de louange, le danger est considéré comme beaucoup plus grand.
Tout le monde n'est pas supposé avoir le mauvais œil, seulement les personnes ayant des yeux ou des sourcils inhabituels. Par exemple, un homme aux yeux bleus pourrait être considéré comme ayant le mauvais œil.
De multiples précautions sont prises pour éloigner le mauvais œil ou pour annuler ses effets : voile des femmes, animal vendu avec bab Allah, ou porte de Dieu (petite somme d'argent déduite du prix convenu), dessins de la main humaine avec des doigts tendus, appelée "cinq dans votre œil" peints sur les murs des maisons et des magasins comme protection contre le mauvais œil, ou comme décoration sur divers objets, cinq lignes ou cinq points, ou peut-être huit pétales de rose avec un centre commun, faisant une combinaison double-cinq, sourcil peint sur un mur ou tatoué sur le bras ou le nez.
Il faut commencer par dire "al-hamdou-li-Lah" avant de louer la beauté d’un enfant. De nombreux Marocains, en particulier dans les zones rurales, croient que les caméras, les jumelles, les instruments de topographie et les télescopes possèdent le mauvais œil. Faire preuve de prudence et ne pas tenter de photographier un Marocain, en particulier les femmes.
Il n’y avait pas que des avertissements et des conseils de prudence dans le guide. A condition de faire attention, les soldats américains pouvaient découvrir dans le pays « d’innombrables choses » qui enrichiraient leur expérience et leurs perspectives. C’est la recommandation que leur faisaient les auteurs du livret, en les encourageant à essayer de comprendre et d'apprécier les Marocains et leur pays. « Essayez d’apprendre le français et autant d’expressions arabes que possible. Quelques mots prononcés en arabe briseront souvent la glace, peu importe si vous le parlez mal, les Marocains apprécieront ».

On ne sait si les soldats américains apprirent l’arabe. Ce qu’on sait, en revanche, c’est que nombreux furent les Marocains qui apprirent à baragouiner l’anglais, ainsi qu’en a porté témoignage Houcine Slaoui dans sa chanson bien connue, Zine wal ayn zerqa.

dimanche 8 décembre 2019

Quels sont nos droits face aux vigiles?

J’ai été récemment témoin d’une altercation entre une cliente d’un supermarché et un agent de sécurité. L’incident m’a poussé à chercher à en savoir plus sur les vigiles et leurs pouvoirs*.

Ils font désormais partie du paysage. Ils, ce sont « les agents des entreprises de gardiennage et de transport de fonds », autrement dit les vigiles. Les entreprises de sécurité privée ont proliféré, en réponse à une demande de plus en plus importante, en raison notamment de la menace terroriste. Le recours aux vigiles s’est étendu à tous les établissements et lieux ouverts au public, jusqu’à certaines administrations de l’Etat. Les clients des entreprises de gardiennage trouvent leur compte dans ce système, qui leur permet de s’assurer les services d’employés dont ils n’ont à gérer ni la rémunération ni la sécurité sociale. 

Qu’est-ce qu’un vigile ?
C’est un agent employé par une entreprise de  surveillance, de gardiennage, de sécurité ou de  transport de fonds. Il s’agit donc d’un salarié et non d’un employé de l’Etat ou d’une collectivité locale. Les entreprises doivent être autorisées à exercer leur activité, l’autorisation est accordée par le wali.
Le vigile ne doit pas avoir fait l’objet d’une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle, pour des motifs incompatibles avec l’exercice de la profession, notamment s’il a commis des actes contraires à l’honneur, à la probité ou aux bonnes mœurs ou de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l’Etat.
Les vigiles doivent être détenteurs d’un diplôme ou certificat sanctionnant l’acquisition des compétences requises pour l’exercice de leurs activités. Ils peuvent porter une tenue particulière qui ne doit cependant entraîner aucune confusion avec les tenues des agents des services publics de l’Etat. La tenue doit comporter la dénomination ou le sigle apparents de l’entreprise. Le port de la tenue est interdit en dehors des heures de travail. 
Les vigiles peuvent être porteurs de moyens de défense, qui ne peuvent être utilisés qu’en cas de légitime défense.  Il s’agit des matraques de type « bâton de défense » ou « tonfa » et des générateurs d’aérosols incapacitants ou lacrymogènes.
Remarque
En France la détention des aérosols (« bombes lacrymogènes») par les vigiles n’est pas autorisée.
Les entreprises de gardiennage et de transport de fonds peuvent utiliser les chiens à l’occasion de l’exercice de leur activité dans des lieux publics ou ouverts au public à condition que le maître-chien soit présent et que l’animal soit muselé et tenu en laisse.
Les vigiles ne peuvent pas exercer leurs activités à l’extérieur des bâtiments ou hors de la limite des lieux dont ils ont la garde, sauf autorisation exceptionnelle.
Interdictions
Il est interdit aux vigiles :
·         De s’immiscer dans le déroulement d’un conflit du travail ou d’événements s’y rapportant.
·         De se livrer à une surveillance relative aux opinions politiques, philosophiques ou religieuses ou aux appartenances syndicales des personnes.
·         D’assurer des missions ayant pour objet la prévention des crimes, délits ou contraventions ou la poursuite de leurs auteurs ou ayant pour effet de porter atteinte à la liberté d’aller et de venir, à l’intégrité physique des personnes ou à l’intimité de la vie privée. Dans ce cadre, les vigiles ne peuvent pas :
-       procéder à des palpations de sécurité ou à des fouilles à corps,
-       fouiller des bagages à main, sacs ou autres moyens de transport de biens meubles, sans le consentement exprès de leur détenteur(*),
-       exiger ou retenir un document justificatif d’identité,
-       retenir des effets personnels.
Toutefois :
Lorsque la sécurité l’exige, soit en raison du caractère particulier des lieux, soit en raison d’une conjoncture ou d’un événement particulier, les vigiles habilités par leurs employeurs, peuvent être autorisés par les autorités à procéder aux palpations de sécurité, aux fouilles à corps et des bagages à main, sacs ou autres moyens de transport de biens mobiliers.
La décision de l’autorité compétente doit pouvoir être consultée par le public, notamment par voie d’affichage aux emplacements où les contrôles doivent avoir lieu.
Les palpations de sécurité et les fouilles ne peuvent être effectuées :
-     Qu’en présence d’un officier ou d’un agent de police judiciaire,
-     Que par les vigiles de même sexe que celui de la personne concernée.
Remarques
-          Les vigiles peuvent procéder à la fouille des « bagages à main, sacs ou autres moyens de transport de biens mobiliers », alors que généralement, dans d’autres pays, les vigiles ne peuvent procéder qu'à une inspection visuelle du contenu des bagages à main.
-          Un vigile non habilité et non autorisé, qui surveille l’entrée d’un magasin ne peut pas fouiller les sacs des clients, mais il peut les passer au détecteur.
Questions 
·         Les vigiles habilités par leurs employeurs, et qui sont autorisés à procéder à des palpations de sécurité ou à des fouilles à corps doivent-ils porter un insigne particulier qui les différencie des autres ? Comment distinguer un vigile autorisé d’un convoyeur de fonds, un garde du corps ou un gardien ?
·         Ont-ils l’obligation d’exhiber la carte professionnelle ou l’autorisation réglementaire si elle leur est réclamée par la personne concernée ?
·         La palpation doit-elle être effectuée en public ou dans un espace isolé ?
On ne sait.
Contrainte et « séquestration »
On sait, en revanche, que les vigiles ne peuvent pas faire usage de contrainte à l’encontre des personnes, notamment les retenir sans leur consentement (sous réserve de l’application des dispositions des articles 430 et 431 du code pénal[1] et des articles 43 et 76 du code de procédure pénale[2]).
Toutefois :
Lorsque, par exemple, l’alarme d’un détecteur se déclenche dans un magasin et laisse supposer un vol, les vigiles peuvent contraindre la ou les personne (s) soupçonné (s) de l’infraction à rester sur place dans l’attente de la venue des autorités de police ou de gendarmerie, immédiatement informées de la situation. Ils peuvent également, conformément à l’article 76 du code de procédure pénale, les conduire au poste de police judiciaire le plus proche.
La contrainte employée dans ce cas doit être strictement proportionnée et adaptée aux circonstances. Elle doit se limiter aux mesures nécessaires pour s’assurer de l’identité de la personne, dans l’attente de sa remise ou de sa conduite entre les mains de l’autorité.
L’emploi de la contrainte engage la responsabilité personnelle du vigile et celle de  son entreprise.
Question
-          Le concept de « contrainte proportionnée » reste vague. Et si la personne contrôlée refuse d’attendre l’arrivée de l’officier de police judiciaire et veut quitter les lieux ? Le vigile voudra l'empêcher de partir, donc utiliser la force pour l’immobiliser. Où s’arrête la « contrainte proportionnée » ? On peut imaginer, face à un individu coriace, que le vigile se fera aider par ses collègues. Dérapages et bavures en perspective…


Références
- Dahir n° 1-07-155 du 30 novembre 2007 portant promulgation de la loi n° 27-06 relative aux activités de gardiennage et de transport de fonds.
- Décret n° 2-09-97 du 25 octobre 2010 pris pour l’application de la loi n° 27-06.


[1] Article 430 : Quiconque pouvant, sans risque pour lui ou pour des tiers, empêcher par son action immédiate, soit un fait qualifié crime, soit un délit contre l'intégrité corporelle d'une personne, s'abstient volontairement de le faire, est puni de l'emprisonnement de trois mois à cinq ans et d'une amende de 200155 à 1.000 dirhams ou de l'une de ces deux peines seulement.
Article 431 : Quiconque s'abstient volontairement de porter à une personne en péril l'assistance que sans risque pour lui, ni pour les tiers, il pouvait lui prêter, soit par son action personnelle, soit en provoquant un secours, est puni de l'emprisonnement de trois mois à cinq ans et d'une amende de 200156 à 1.000 dirhams ou de l'une de ces deux peines seulement.
[2] Article 43 : (traduction non-officielle) Toute personne qui aura été témoin d'un crime, soit contre la sûreté publique, soit contre la vie ou les biens d'un individu sera pareillement tenue d'en donner avis au procureur du Roi ou au procureur général du Roi ou à la police judiciaire.
Si la victime est un enfant mineur ou handicapé mental, il y a lieu d’aviser toute autorité judiciaire ou administrative compétente.  
Article 76 : Dans les cas de crime flagrant ou de délit flagrant puni d'une peine d'emprisonnement, toute personne a qualité pour en appréhender l'auteur et le conduire devant l'officier de police judiciaire le plus proche.

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* Il y aurait à dire sur la situation des agents de sécurité, leurs conditions de travail, leur rémunération, etc. Ce n’est pas l’objet de ce texte.

mercredi 4 décembre 2019

Un ambassadeur qui parle


Bienvenue au club
Il y a des diplomates qui communiquent beaucoup et d'autres peu ou pas du tout. Thomas Reilly, ambassadeur du Royaume Uni, fait clairement partie de la première catégorie. Présent non seulement sur les réseaux sociaux, mais également dans les médias, l'ambassadeur s'exprime beaucoup. De Twitter aux radios privées, des quotidiens aux hebdomadaires, T. Reilly raconte, partage, informe, explique, constate, déplore, dénonce, opine. En un mot, il fait, jusqu'à un certain point, son métier, - et il le fait bien, aidé par ses qualités professionnelles, son expérience dans les pays arabes, un tempérament apparemment sociable et une bonne connaissance de la langue française.
Un journaliste relève dans le langage direct de T. Reilly "une franchise détonante pour un diplomate". La conception de la "franchise" est-elle la même chez les diplomates et chez les journalistes ? La sincérité, si tant est qu'elle existe chez les diplomates dans l'exercice de leurs fonctions, est à géométrie variable. L'exercice est malaisé, et requiert une habileté exceptionnelle car les limites peuvent vite être franchies.
Ce n'est pas la même chose de décrire avec un humour très british le "glorieux chaos" de la circulation automobile que d'émettre un avis sur des questions sensibles de politique intérieure. On ne peut pas à la fois plaider pour une "relation d'égal à égal", loin de la condescendance de "grand frère" à "petit frère" et distribuer des bonnes (ou des mauvaises) notes. Ce n'est pas le rôle d'un diplomate étranger, quels que soient par ailleurs sa bonne foi, son souhait de bien faire et le bienfondé de son appréciation. Ce n'est pas son débat. Question de principe.
Un diplomate qui parle intéresse évidemment les journalistes. Si, en plus, il dit "son amour du Maroc", il sera hautement apprécié. Si, en outre, il ne s'embarrasse pas outre mesure de circonlocutions, les médias vont se l'arracher. Gageons que les entretiens et interviews de M. Reilly vont se multiplier.  
L'ambassadeur britannique fait des révélations. Londres, nous dit-il, compte faire du Maroc sa porte d’entrée vers l’Afrique francophone. J'aimerais personnellement bien savoir comment. Pour tout dire, cette histoire de "gateway" et de "hub" m'intrigue.
Sa remarque sur l'inconfort des vols de la compagnie aérienne nationale a attiré l'attention et semble même avoir été unanimement saluée. La situation étant ce qu'elle est, la critique de Thomas Reilly est d'autant plus remarquable qu'aucun responsable marocain n'a jamais écrit chose pareille, même si tout le monde n'en pense pas moins. La direction de la compagnie en question étant dans le déni, ou la désinvolture, la critique venant d'un étranger a toujours plus de poids dans un pays obsédé par l'image. Au passage, je doute qu'une observation d'un ambassadeur du Maroc, à Londres ou ailleurs en Occident, sur les sièges des avions d'une compagnie aérienne suscite le même intérêt. La remarque vaut également pour la conduite automobile, "rapide et furieuse; souvent effrayante" et pour la prolifération des sacs en plastique et les ordures en tout genre. L'ambassadeur confie que s'il pouvait "changer deux choses au Maroc", ce serait la conduite automobile et la gestion des ordures. Bienvenue au club, cher collègue, nous sommes nombreux à en rêver aussi. Ce serait un bon commencement.