mercredi 16 août 2023

En finir avec

L’ère de la médiocrité*

 

                                Houari Boumediene        Abdelaziz Bouteflika

 « Toute nation a le gouvernement qu'elle mérite. »

Le mot de Joseph de Maistre peut sembler injuste. Des humoristes ont inversé la formule : « Tout gouvernement a le peuple qu’il mérite ». Le fait est qu’il n’y a pas de mauvais peuple, il n’y a que des mauvais dirigeants. Des pays se sont trouvés dans des situations dramatiques par la faute de leur (s) dirigeant (s). C’était, autrefois, le cas des Allemands.

Plus près de nous c’est, aujourd’hui, le cas de l’Algérie.

Les Algériens n’ont pas eu les dirigeants qu’ils méritent, ni aujourd’hui, ni hier, ni autrefois. A l’exception notable de l’éphémère Mohamed Boudiaf, le pays a été livré à de pâles personnages qui n’ont pas su ou pu se montrer à la hauteur de leur mission. Il y a eu des militaires, dont la politique n’est pas le métier. Il y a eu des civils qui ont été portés au-devant de la scène par un concours de circonstances.   

On connait le niveau des dirigeants algériens actuels. Ils ont, on le sait, besoin d’un ennemi extérieur, réel ou supposé, pour se maintenir au pouvoir.

Tôt ou tard, cependant, Alger n’aura d’autre choix que de tirer un trait sur le passé et se réconcilier avec ses voisins. C’est ainsi, c’est une évolution historique normale, tant il est vrai qu’en politique et dans les relations internationales, il n’y a ni ami éternel ni ennemi éternel. Un jour, malgré les ressentiments, il faut bien s’arrêter et s’asseoir autour d’une table, car tout finit autour d’une table.

Le Maroc et l’Algérie doivent cesser de se regarder en chiens de faïence. Les deux pays ne sont pas « condamnés » à s’entendre, l’expression a une connotation négative. Ce n’est pas une punition ni une corvée imposée par la géographie, ce devrait être  un comportement naturel et spontané dicté par le voisinage et la lucidité. Il faut être réaliste et le Maroc, pour sa part, s’est, depuis le début, fait une raison : l’Algérie est l’Algérie. Le temps est venu pour que les dirigeants algériens, de leur côté, se rendent à l’évidence : le Maroc est le Maroc. Il ne sert à rien de vouloir changer quoi que ce soit ou rêver du voisin idéal modelé selon ses propres souhaits.

Aujourd’hui, plus que jamais, l’Algérie a besoin d’un homme (ou d’une femme) d’Etat qui ait suffisamment d’envergure pour rompre avec le système et les pratiques du passé. Ce président doit bénéficier d’une légitimité populaire authentique lui permettant de corriger l’erreur de 1962 et opérer enfin le redressement qui n’a pas eu lieu en 1965. Il doit, surtout, arrêter la spirale infernale de la détérioration des relations avec le Maroc. Un chef d’Etat qui affirme que la rupture avec son voisin a atteint le point de non-retour enfreint la règle d’or qui veut qu’un homme (une femme) politique ne doit jamais dire jamais, ni tenir des propos qu’il/elle pourra regretter par la suite. Un président qui parle à tort et à travers et manque cruellement de discernement n’est pas digne d’occuper les hautes fonctions qui sont les siennes.  

Il faut un président algérien qui puisse refuser la fatalité de l’hostilité, un vrai leader qui aura le courage et la lucidité nécessaires pour faire l’économie de plusieurs décennies de brouille et passer directement à l’étape finale inéluctable, celle de la négociation.

Le Maroc veut aider l’Algérie. Le Maroc ne veut pas que l’Algérie soit humiliée ou déstabilisée, surtout dans un moment difficile et plein d’incertitudes comme celui d’aujourd’hui, avec, dans le voisinage immédiat, un Sahel en ébullition et, à l’intérieur, un hirak en veilleuse qui, il ne faut pas s’y tromper, renaîtra avec plus de vigueur et auquel il ne sera plus possible de répondre par des palliatifs. Les dirigeants ne pourront pas continuer à tout mettre sur le dos de la « bande » précédente. Il ne suffira plus de déclarer le hirak « béni », encore moins de se contenter de mesurettes comme de faire du 22 février un jour férié.

Une Algérie en zone de turbulences signifiera fatalement un impact collatéral, notamment humanitaire, sur ses voisins immédiats. Y aura-t-il bientôt un président providentiel à la tête d’une authentique Algérie Nouvelle ? Quelqu’un ayant de la vision et de l’épaisseur intellectuelle, pas un excité, ni un hargneux, ni un populiste démagogue, encore moins un fonctionnaire sans charisme.

Le plus tôt sera le mieux.

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* Titre emprunté à C.L. Sulzberger, l’ère de la médiocrité, 1974, Albin Michel, Paris.

dimanche 13 août 2023

Israël et le Sahara marocain

Dans un texte qui circule sur les réseaux sociaux, il est demandé aux Marocains « qui se félicitent de la reconnaissance par Israël de la marocanité du Sahara » d’expliquer « en quoi cette reconnaissance est-elle importante pour le Maroc ».

J’ai déjà eu l’occasion de répondre à cette question avant qu’elle ne soit posée (ici et ici), je vais refaire l’exercice en tâchant de ne pas trop me répéter.

Commençons par corriger, de nouveau, une erreur fréquemment commise : Le Maroc n’a pas besoin et ne demande pas que l’on « reconnaisse la marocanité du Sahara ». Le Sahara EST marocain. En revanche, la reconnaissance internationale de la souveraineté du Maroc sur son Sahara est un acte diplomatique important et c’est un grand motif de réjouissance.

1-Une voix

« En quoi cette reconnaissance est-elle importante pour le Maroc ».

  •            Je me réjouis et me félicite chaque fois qu’un Etat prend la décision de reconnaitre la souveraineté de mon pays sur son Sahara. C’est valable aussi pour Israël. Qu’apporte la décision israélienne ? Une voix de plus aux Nations Unies, pour commencer, et ce n’est pas négligeable. Tôt ou tard, il faudra compter les voix pour que « notre acte de propriété du Sahara occidental soit déposé à la conservation foncière des Nations unies afin d’éliminer à jamais toute contestation » (Feu le roi Hassan II, Le Monde, 2 septembre 1992). Sur cette question, le renforcement du front intérieur est important, mais la bataille diplomatique l’est tout autant car le volet international est incontournable. A l’ONU, les batailles se gagnent avec du lobbying et des voix, pas avec des slogans.

2-Décompte

« Depuis une quinzaine d’années, la diplomatie marocaine s’est spécialisée [!] dans le décompte des pays avec nous, en faisant croire que le basculement d’un pays pour la solution marocaine est une grande victoire ».

  •           Sans nous attarder outre-mesure sur la perfidie de la formulation qui se veut réductrice, faisons remarquer que la diplomatie marocaine a pris des initiatives justes et mené des actions de main de maitre dans cette partie d’échecs où l’erreur n’est pas permise. Les résultats sont probants.
       Chaque soutien au plan marocain d’autonomie est un pas de plus vers la solution du différend. Dire que « cela ne change rien au règlement du conflit qui reste figé », est une appréciation relative, qui gagnerait à être ajustée à la lumière des faits.

3- Comparaison

La décision d’Israël « ne peut que nuire au Maroc », car le Maroc « sera comparé par certains pays » à Israël « qui occupe illégalement les territoires occupées par la force en Juin 1967 ».

  •            Ce ne sont pas « certains pays », mais un seul, l’Algérie, qui a fait cette comparaison et s’en sert dans sa campagne haineuse contre le Maroc. Reprendre de manière indirecte les arguments des ennemis du Maroc, en prenant la précaution de les glisser dans des propos généraux, est une technique connue.
         L’Algérie est encore citée et donnée comme exemple des pays qui « demandent l’application de la résolution de l’ONU sur le referendum d’autodétermination ». C’est un langage caduc et révolu. 

4- Protection

« Survalorisation d’Israël par nos ( ?) dirigeants », qui « croient qu’Israël est capable de les protéger ».

  •            C'est faire injure au Maroc et aux Marocains que d'affirmer qu'ils demandent à qui que ce soit de les protéger. Le Maroc n’a jamais demandé à Israël ou à personne d’autre de le protéger, à l’inverse de nos voisins qui ont sollicité la protection d’une grande puissance.

« Mais ont-ils oublié le sort des alliés fidèles d’Israël tels le Shah d’Iran, Hosni Moubarak et Benali ? ».

  •            D’autres chefs d’Etat, qui n’étaient pas des alliés d’Israël, ont connu le même sort. Attribuer leur chute (uniquement) à leur « alliance » avec Israël, c’est faire peu de cas de la volonté de leurs peuples. Faut-il donner des noms ?

5- Néocolonialisme

Des « pays africains qui s’émancipent de l’hégémonie néocoloniale et sioniste et se rapprochent de la Chine et de la Russie » « s’éloigneront du Maroc ».

  •            Je ne sais pas qui sont ces pays. Cette affirmation procède d’une analyse à courte vue, proche du wishful thinking, dictée plus par les sentiments que par une réflexion froide et lucide.

        Quant aux capacités militaires israéliennes, aux performances de ses armements, à l’image d’Israël et à l’état de la société israélienne, ce n’est pas le sujet.

6-Guerre

« L’engagement officiel de l’état sioniste au coté du Maroc signifie que le compte a rebours d’une guerre contre l’Algérie a commencé ».

  •            Tout d'abord, parler d'une guerre "contre" l'Algérie, au mieux est un contresens, au pire un parti-pris suggérant que c'est le Maroc qui déclencherait les hostilités. D'autre part, l’Algérie agresse déjà le Maroc depuis bientôt 50 ans par polisario interposé. Si ce n'est pas une guerre, cela lui ressemble.

7- Protectorat

Israël  « a tout intérêt [à la perpétuation du différend entre le Maroc et l’Algérie] pour s’implanter durablement dans la région et y créer un nouveau protectorat ».

  •            Là encore, on retrouve le langage algérien. Cette propagande bon marché destinée aux esprits simples ne mérite pas de réponse, tellement le propos manque de sérieux.

8- Dictatures

« Pour servir leurs intérêts neo coloniaux et maintenir les pays de la région sous le joug des dictatures, la position occidentale est pour la perpétuation du conflit ».

  •        Vieille rengaine, usée jusqu’à la corde, puisée dans le stock apparemment inépuisable des clichés et mots d’ordre qu’une certaine mouvance s’ingénie à cultiver depuis les années 60 du siècle dernier. Au passage, de quelles dictatures parle-t-on au juste ?  

9-Israël et Maroc

  •            Israël ne poursuit aucun intérêt « colonialiste et mafieux » au Maroc. Il n’use avec le Maroc ni  de « chantage », ni de « subversion » ni de « crime ». Israël n’a jamais nui aux intérêts du Maroc, contrairement aux « révolutionnaires » voisins et aux « frères » lointains. Israël a apporté plusieurs fois au Maroc une aide inestimable, dans des circonstances difficiles.

10- Palestiniens

  •            Je suis de ceux qui refusent de dresser un parallèle entre l’attitude d’Israël et celle de l’Autorité palestinienne. Cette dernière n’a pas reconnu la souveraineté du Maroc sur son Sahara et on peut la comprendre. Outre qu’un tel acte n’aurait qu’une portée symbolique, il susciterait la colère d’Alger et les Palestiniens ont besoin de tous les appuis, y compris de la part des Etats qui font de la cause palestinienne un fonds de commerce. C’est pourquoi, le Maroc respecte l’attitude des autorités palestiniennes. En revanche, on peut demander aux Safwat Ibrahim Ibraghith et autres Jibril Rajoub de se taire.

A l’annonce de la décision israélienne, des Israéliens sont sortis chanter et exprimer leur joie, en brandissant le drapeau marocain. On aimerait voir aussi des Palestiniens, pas des officiels, mais de simples citoyens, manifester, un keffieh aux couleurs marocaines autour du cou, en soutien aux droits des Marocains sur leur Sahara. Ce serait un autre motif de joie.    

mercredi 19 juillet 2023

Israël-Sahara marocain : Un soutien de poids

Israël a officialisé sa reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur ses provinces du sud. Un coup de tonnerre dans un ciel bleu ? Oui, assurément. Une surprise ? Pas vraiment.

Contrairement à ce qui a été dit, l’annonce n’a pas été retardée parce que Tel Aviv aurait posé des conditions ou exigé une contrepartie. L’appui israélien au Maroc dans cette question est sans faille et n’a jamais fait de doute. Il restait seulement à déterminer le moment le plus approprié pour faire l’annonce officielle. Le timing était important et l’alignement des planètes tout autant. La diplomatie marocaine, en maitresse aguerrie des horloges, a finalement estimé le moment venu. «Avant l'heure, c'est pas l'heure ; après l'heure, c'est plus l'heure » a dit feu Hassan II dans une conférence de presse, en 1972, reprenant une phrase de Jules Jouy qui a donné son titre à une chanson connue.

La lettre de Benyamin Netanyahu a été rendue publique le 17 juillet, soit le jour de l’expiration des accords du Maroc avec l’Union européenne et une semaine avant les élections générales en Espagne. On peut y voir des messages à l’intention de ceux qui croient pouvoir agiter la menace d’un revirement.

La lettre israélienne non seulement fait part de la décision de reconnaitre la marocanité du Sahara, en précisant qu’il s’agit d’une « décision d’Etat », mais elle va plus loin et expose les intentions du gouvernement israélien  ainsi que les mesures qu’il compte prendre dans le but de concrétiser cette décision.

Le Premier ministre israélien indique, en effet, que 

  • la décision israélienne sera « reflétée dans tous les actes et les documents pertinents du gouvernement israélien ».
  • cette décision sera notifiée « aux Nations Unies, aux organisations régionales et internationales dont Israël est membre, ainsi qu’à tous les pays avec lesquels Israël entretient des relations diplomatiques ».
  • Israël envisage l’ouverture d’un consulat à Dakhla.

·    La feuille de route est précise, elle sera respectée à la lettre.

Dans la hiérarchie de la panoplie des formules diplomatiques qui ont été utilisées par les Etats pour exprimer leur soutien au Maroc, la déclinaison israélienne se place au même niveau que la « Proclamation reconnaissant la souveraineté du Royaume du Maroc sur le Sahara occidental » qui a été signée le 10 décembre 2020 par le président des Etats-Unis d’Amérique, Donald J. Trump. Il n’y a pas de formule alambiquée ni de circonlocutions ou de demi-mots. La déclaration israélienne est claire et forte et traduit un engagement résolu aux côtés du Maroc, bien au-delà d’un appui de circonstance à la proposition marocaine d’autonomie.

 

Israël n’est pas un Etat quelconque et sa décision n’est pas anodine comme se plaisent à le dire les renégats de Tindouf désorientés en l’absence d’une réaction officielle d’Alger. La reconnaissance israélienne aura des conséquences à grande échelle tant elle met la pression sur tous ceux qui hésitent ou trainent les pieds.

D’aucuns spéculent sur la contrepartie ou les concessions qui ont été obtenues par la partie israélienne. Certes, dans les relations entre Etats, il n’y a pas place pour les sentiments. Mais, justement, la relation entre le Maroc et Israël n’est pas banale. Elle est sans doute faite d’intérêts, mais la charge émotionnelle l’emporte sur toute autre considération. Les Israéliens, en général, qu’ils soient ou non originaires du Maroc, aiment notre pays. Quant aux Juifs marocains ou ayant des origines marocaines, qu’ils soient ou non Israéliens, le Maroc occupe une place à part dans leur cœur, ils ont pour la terre de leurs ancêtres une affection infinie, un amour passionnel et une loyauté à toute épreuve. Sans compter un respect et une grande admiration pour « Sidna ». Un membre de la Knesset, né à Casablanca, m’a dit en une occasion (en darija) : « Le Maroc est une terre sacrée, une couronne au-dessus de notre tête ». Ce ne sont pas des paroles en l’air, j’ai eu l’occasion de le vérifier plusieurs fois dans le cadre de mes fonctions. 

Des critiques ont été émises ici ou là, par quelques-uns, qui désapprouvent non pas la décision, mais l’Etat qui l’a prise. Les propos qui reviennent le plus souvent sur les réseaux sociaux, en laissant de côté les qualificatifs et les insultes dont Israël est affublé dans ces écrits, se résument grosso modo à ceci : « Nous n’avons pas besoin qu’Israël nous dise que notre Sahara est marocain » ; « C’est un abandon de la cause palestinienne ».

Corrigeons d’abord une erreur : Israël ne nous dit évidemment pas que notre Sahara est marocain, il annonce publiquement qu’il « reconnait » notre souveraineté sur ce territoire. La nuance est importante. Aux Nations Unies, c’est une voix de plus et tant que la question du Sahara est inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée générale et du Comité des 24, toutes les voix comptent. S’il fallait refuser l’appui des Etats dont quelques activistes ou formations politiques minoritaires n’approuvent pas la politique, nous serions bien seuls. Dans les relations internationales, ce qui compte, ce n’est pas la forme du faitout ni la tête du cuisiner mais le mets final. Pragmatisme, réalisme ou cynisme, le débat n’a d’intérêt que pour les rêveurs. Au reste, si un pays se range à mes côtés, je n’ai pas à le juger. Si deux pays antagonistes me soutiennent, je n’ai pas à prendre parti dans leurs querelles.  « Mon pays d’abord », voilà la devise qui guide mon attitude.  

Quant aux Palestiniens, il faut distinguer entre leur cause et la relation avec Israël. Le Maroc n’a jamais failli à son devoir de solidarité avec le peuple palestinien, malgré les sorties de route de quelques responsables de l’autorité palestinienne auxquels il n’y a pas lieu de tenir rigueur. Le drame palestinien est présent dans les préoccupations de la diplomatie marocaine, une diplomatie agissante qui ne se nourrit pas de slogans.  Même les rares Etats arabes qui, pour des raisons de politique intérieure,  affectent des positions radicales et proclament leur soutien « indéfectible et inconditionnel » à la Palestine ont modéré leurs ardeurs. Ils approuvent la solution à deux Etats,  reconnaissant par la même occasion implicitement cet Etat qu’ils continuent en dépit du bon sens à qualifier d’« entité ». 

Face à ces pseudos champions de la cause palestinienne, l’action du Maroc, discrète et pragmatique, est plus efficace.

Israël prête l’oreille à ce que lui disent les Marocains. Et si Israël murmure à celle des Grands, tant mieux.

lundi 17 juillet 2023

Presse algérienne : L’aveuglement

 Un journal algérien a récemment publié un article qu’il a intitulé « Le régime marocain vend des illusions à son peuple sur le gazoduc [GME]».

Chiffres à l’appui, l’auteur s’est efforcé de donner à son texte un semblant d’objectivité et de valeur scientifique, pour débiter des contrevérités et mieux déverser son venin contre le Maroc.

1/ Qui a souffert de l’arrêt du gazoduc GME ?

La décision de fermeture du GME, qui a incontestablement tourné à l’avantage du Maroc, a été une grossière erreur. On peut même dire que c’est l’une des pires décisions du régime algérien de ces dernières années, même si le choix est difficile à ce niveau, tant les impairs diplomatiques d’Alger sont multiples. En fermant le gazoduc,

  •          L’Algérie s’est privée d’un moyen commode et disponible de fourniture de gaz à l’Espagne avec laquelle elle est liée par des engagements contractuels fermes. 
  • L’Algérie s’est brouillée politiquement avec l’Espagne.
  • L’Algérie a jeté le masque pour apparaitre au grand jour comme un pays dirigé par un « système » qui n’hésite pas à exercer le chantage économique sur ses partenaires en recourant à des pratiques mafieuses.
  •   L’Algérie a durablement ruiné son image internationale.

Quant au Maroc, même si la facture énergétique a augmenté, et pas seulement à cause de la fermeture du GME, on peut dire qu’à quelque chose malheur est bon. La leçon a été apprise et bien apprise et elle sera retenue. Le gaz, on le trouve partout. Il est préférable de le payer plus cher que de dépendre du bon vouloir d’un pouvoir dictatorial lunatique. Pour le plus grand désarroi de nos ennemis, qui nous prédisaient les pires tracas, le Marocain n’a pas été affecté dans sa vie quotidienne. Nous savions déjà « qui Dieu nous a donnés comme voisins ». Maintenant d’autres le savent aussi.

2/ Les objectifs sordides du régime algérien

En évoquant « les répercussions de la décision [algérienne] sur le marché intérieur marocain », qualifiées de « douloureuses », le journal avoue sans le vouloir ce que tout le monde sait déjà : les décisions du régime militaire algérien visent bien le peuple marocain.

3/ Les « actes hostiles », ou le conte à dormir debout

Le journaliste essaie de présenter les « sanctions » algériennes comme la réponse à de prétendus « actes hostiles » du Maroc. Alors que le gouvernement algérien n’a jamais précisé quels étaient ces fameux « actes hostiles », un journaliste ose (enfin) une indication, la toute première à notre connaissance. Rabat, selon lui, aurait « soutenu les mouvements terroristes et séparatistes », et « provoqué » l'Algérie « en s’alliant à l'entité sioniste pour frapper les intérêts algériens ».

-          « Soutien aux mouvements terroristes et séparatistes » : Faux. Le journal, comme les différents responsables algériens, lance une accusation sans apporter le moindre début de preuve. Si le Maroc entreprenait vraiment de soutenir le MAK, ce serait douloureux pour le régime algérien. Lorsque le représentant permanent du Maroc aux Nations Unies à New York a évoqué la Kabylie en juillet 2021 lors de la Conférence Ministérielle à mi-parcours du Mouvement des Pays Non-alignés, il ne faisait que rendre au ministre algérien Ramtane Lamamra la monnaie de sa pièce. En outre, il s’est borné à affirmer que « l’autodétermination n’est pas un principe à la carte. C’est pourquoi le vaillant peuple kabyle mérite, plus que tout autre, de jouir pleinement de son droit à l’autodétermination. » L’Algérie, pour sa part, héberge sur son territoire un groupe armé qu’elle soutient, finance, arme et utilise pour agresser le Maroc. Qui soutient le terrorisme ?

-          La reprise des relations diplomatiques avec Israël est une décision souveraine sur laquelle le pouvoir algérien n’a pas à émettre de jugement. Libre à ceux qui souffrent du sentiment de persécution ou qui n’ont pas la conscience tranquille de voir des provocations partout.

      En réalité, il ne fait aucun doute que la mesure algérienne a été décidée de longue date, comme la rupture des relations diplomatiques avec le Maroc, dans un seul but : déstabiliser le Maroc et y  provoquer des troubles.

      4/ Une « opération militaire »

En Algérie, comme dans quelques rares autres pays, le mot d’ordre est clair : ce qui se passe entre  la Russie et l’Ukraine n’est pas une guerre, mais une simple « opération militaire ». Les journalistes appliquent scrupuleusement cette directive.

Ce suivisme à lui seul montre que le drame de ce pays et de sa presse est l’aveuglement, le refus de voir la réalité en face, auxquels s’ajoutent une mauvaise foi sans bornes et une suffisance fondée sur des slogans et des mythes sans réelle utilité pour le peuple algérien.  

samedi 8 juillet 2023

Sahara marocain : Trois mensonges

Certains, notamment en Espagne, continuent à affirmer que l’Espagne reste la puissance administrante du Sahara ex-espagnol.  En réalité, la responsabilité de l’Espagne a pris fin du jour où le dernier soldat espagnol a quitté le territoire suite aux accords de Madrid du 14 novembre 1975. Le 26 février 1976, la présence coloniale espagnole dans le territoire a définitivement pris fin, comme le gouvernement de l'Espagne en a informé le Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies (Lettre du 26 février 1975 -A/31/56 - S/11997).

Auparavant, le 19 novembre 1975 était promulguée la loi espagnole 40/1975 relative à la « décolonisation du Sahara ».


 On peut y lire : 

« L'État espagnol a exercé, en tant que Puissance administrante, la plénitude des compétences et des pouvoirs sur le territoire non autonome du Sahara, qui, pendant quelques années, a été soumis dans certains aspects de son administration à un régime particulier ayant des analogies avec le régime provincial et qui n'a jamais fait partie du territoire national.

« A la veille de l’achèvement du processus de décolonisation dudit territoire, conformément aux dispositions de la Charte des Nations Unies, il y a lieu de promulguer la norme juridique appropriée pour mener à bien ce processus et qui habilite le gouvernement à prendre des mesures à cet effet. […]

« Article unique.- Le gouvernement est autorisé à réaliser les actes et à adopter les mesures nécessaires pour mener à bien la décolonisation du territoire non autonome du Sahara, en sauvegardant les intérêts espagnols ».

Il se trouve des juristes, espagnols, pour soutenir que l’Espagne, puissance coloniale, ne pouvait pas se dessaisir elle-même de ses responsabilités. Qui peut obliger l’Espagne à revenir sur sa décision et comment ce retour à une situation du passé sera-t-il concrètement mis en œuvre ?

Le gouvernement espagnol a, de fait, « mené à bien » la décolonisation du territoire. Ce dernier n’a pas été « abandonné », mais transféré à l’autorité d’une administration tripartite formée par les Etats qui ont plaidé devant la Cour Internationale de Justice, à savoir l’Espagne, le Maroc et la Mauritanie. Après ce court intermède, le Maroc a récupéré son Sahara.

Le Sahara occidental n’a jamais cessé d’être marocain. Il s’agit donc de la rétrocession d’un territoire qui, à aucun moment, n’a constitué un Etat souverain et dont la population ne s’est jamais revendiquée comme un « peuple » distinct de celui du Maroc.

Le Maroc possède bel et bien des titres juridiques, dont les plus récents découlent précisément des accords de Madrid. Les dispositions de ces accords, notamment celles relatives au respect de la volonté des populations (article 3) et à l'information de l'ONU (article 4) ont été fidèlement appliquées. La Jemaā, assemblée représentative de la population du territoire, a approuvé les accords de Madrid au cours de sa réunion du 26 février 1976. D'autre part, l'Assemblée Générale de l'ONU a "pris acte de l'accord tripartite intervenu à Madrid entre les gouvernements espagnol, marocain et mauritanien, dont le texte a été transmis au Secrétaire Général de l'ONU le 18 Novembre 1975" (résolution 3458 B du 10/12/1975).

Cas « à part »

L’Espagne, disions-nous, n’est plus la puissance administrante du Sahara occidental. Sur le site du « Comité des 24 », aucun pays n’est mentionné comme puissance administrante de l’ancienne colonie espagnole, alors que le Royaume-Uni, les États-Unis, la France et la Nouvelle-Zélande figurent en tant que puissances administrantes des différents territoires non-autonomes. Pour la bonne raison que l’Espagne a renoncé à ce statut[1] alors que le Maroc, de son côté, estime, à juste titre, que le Sahara fait partie de son territoire. Le concept de « puissance administrante de facto » n’a pas de fondement juridique. 

Le Conseiller juridique de l’ONU Hans Corell, dans une lettre adressée au président du Conseil de sécurité en janvier 2002, ne disait pas autre chose: « le Maroc ne [figure] pas comme puissance administrante du territoire sur la liste des territoires non autonomes de l'ONU » (S/2002/161). Dans le même document il est précisé que le Maroc ne communique pas de renseignements sur le territoire, alors que les puissances administrantes des autres territoires ont l’obligation de le faire, en vertu de l'alinéa e de l'Article 73 de la Charte des Nations Unies). 

Le fait que la « question du Sahara » soit inscrite à l’ordre du jour à la fois du Conseil de sécurité, de l’Assemblée générale et du Comité des 24, situation inédite, prouve, si besoin en est, qu’il s’agit d’un cas « à part » , une question qui a été créé de toutes pièces et qui ne peut être cataloguée que comme un différend bilatéral entre le Maroc et un pays qui se dit non concerné, l’Algérie. En clair, le Sahara occidental a été décolonisé en 1975 et le plus sage serait de retirer cette question de l’ordre du jour de l’Assemblée générale et de sa Quatrième Commission.

Le reste relève du cadre général des relations bilatérales entre le Maroc et l’Algérie qu’il sera loisible, le moment venu, de traiter par les moyens appropriés.

Au Maroc, aucun flou ni ambigüité ne caractérisent le statut juridique des provinces du sud : c’est une partie du territoire marocain et, à ce titre, seule s’y exerce l’autorité souveraine du Maroc, à l’exclusion de toute autre.

Présence paisible

Qualifier le Maroc de « puissance occupante » est une autre affirmation mensongère qui ne s’appuie sur aucun élément concret. Le Conseil de sécurité, organe suprême des Nations unies, n’a jamais fait usage de ce langage. Les deux résolutions de l’Assemblée générale en1979 et en 1980 furent en quelque sorte un « accident », qui n’a plus jamais été renouvelé. Rappelons dans ce cadre que cette même assemble générale, en 1975, dans une action sans précédent, avait, sur la « question du Sahara », approuvé une double résolution, 3458 A et 3458 B, pour ne mécontenter personne. Dans la version B, comme déjà signalé plus haut, l’Assemblée générale « prend acte de l'accord tripartite intervenu à Madrid ».

Il suffit, au reste, de se promener dans les rues de n’importe quelle localité dans le sud du Maroc pour constater que la population vaque paisiblement et sans restriction à ses affaires. Les quelques uniformes visibles sont ceux des gardiens de la paix qui règlent la circulation aux carrefours les plus encombrés. 

Renégats stipendiés

En ce qui concerne la bande armée minoritaire de renégats stipendiés qui sévit dans les environs de Tindouf, en Algérie, prétendre que ce groupe est « l’unique et légitime représentant » des populations de Saguia el Hamra et Oued Eddahab, est un troisième mensonge. Cette affirmation est une offense aux habitants des provinces du sud, qui sont de loin majoritaires. La dictature du polisario est de plus en plus contestée par les otages des camps de Tindouf, qui ne supportent plus les conditions de vie misérables qui leur sont imposées dans des prisons à ciel ouvert. Sans compter les éléments dissidents qui ont publiquement exprimé leur désaccord avec le groupe de Tindouf, comme le Mouvement Sahraouis pour la paix. Le polisario ne représente que lui-même.  


[1] Une observation en marge précise : « Le 26 février 1976, le Représentant permanent de l'Espagne auprès de l'Organisation des Nations Unies a informé le Secrétaire général que le Gouvernement espagnol mettait, à compter de ce jour, définitivement fin à sa présence dans le territoire du Sahara et jugeait nécessaire d’indiquer que : [...] a) L'Espagne se considérait désormais dégagée de toute responsabilité de caractère international en ce qui concernait l'administration dudit territoire, en cessant de participer à l'administration provisoire qui y avait été mise en place [...] (voir A/31/56-S/11997) ».