lundi 13 mai 2019

Les camps de Tindouf


16 avril 2019
Chapeau à Medi1TV et à Patricia Madjidi Juez: Documentaire rigoureux, images saisissantes, des faits, rien que des faits. Ce reportage dégonfle les baudruches et dissipe bien des mirages du désert...

Algérie


Les loups sortent de leur tanière
8 avril 2019

Le monde entier, faussement surpris, découvre aujourd'hui que l'Algérie a été dirigée par l'armée depuis l'indépendance du pays. Quelqu'un a pu dire que "si les autres pays ont une armée, en Algérie, l'armée a un pays". Au point que le chef d’État-major algérien Gaïd Salah a trouvé normal de dire: "L'armée est fière du peuple algérien". On croyait que c'était l'inverse.
L'appareil militaro-sécuritaire algérien porte l'entière responsabilité de la politique hostile du régime algérien vis-à-vis du Maroc.
Un général à la retraite, Abdelaziz Medjahed, vient de le confirmer, en affirmant au micro d'une radio algérienne, le 4 avril 2019: "Le plus grand danger qui menace l'Algérie, c'est le Maroc" (voir vidéo). Pour cet ancien chef d’État-major des forces terrestres, le Maroc est "exportateur de tous les maux dont souffre l'Algérie". Medjahed ne dit pas à quels maux il se réfère. Il appelle cependant à la vigilance, dans les circonstances difficiles que traverse l'Algérie, lançant un avertissement à ceux qui voudraient profiter du "vide" pour mettre à exécution des intentions "belliqueuses".
Le moins que l'on puisse dire est que les déclarations de cet officier, qu'on dit expert en géostratégie mais que d'aucuns qualifient de "criminel" et de "tortionnaire" (https://elergechergui.wordpress.com/…/le-general-abdelaziz…/) sont irresponsables. Il tient un discours, certes simpliste mais haineux, qui attise la méfiance et sème la discorde. Propos d'arrière-garde d'un ex-général en mal de notoriété ? A moins qu'il n'ait agi sur commande, se faisant l'interprète complaisant du désarroi du polisario, qui, à la veille de changements profonds en Algérie, n'est pas rassuré. La sortie de Medjahed a au moins le mérite de permettre de mettre un nom sur un de ces fameux généraux de l'ombre auxquels le Maroc donne de l'urticaire.

Hassan II a dit


ARABISATION, ENSEIGNEMENT, LANGUES ETRANGERES
7 avril 2019
Voici quelques déclarations de Feu Hassan II, piquées dans mon livre "Hassan II a dit" (2015)
Anglais
Mon père, au lendemain de son accession au trône, a eu une vision géniale. Fin 1923, sachant qu'il allait être père, il a fait un premier pas vers la modernité. Nous avions simultanément des nurses marocaines avec qui nous faisions nos prières et des nurses françaises. Nos cours étaient en arabe et en français. À table, nous ne parlions qu'anglais. Ce que nous ne demandions pas en anglais, nous ne l'avions pas.
La Voix du Nord, 16 décembre 1972


Apostolat
L'enseignement n'est pas un métier, il est avant tout un apostolat.
Fête de la jeunesse, 8 juillet 1995

Arabisation
Il existe [au sein de la commission nationale chargée de l'enseignement] un courant, sinon prédominant, du moins fortement représenté, qui est favorable à l'arabisation à outrance dès l'enseignement primaire.
[...
Eu égard à ma mission de protecteur des libertés individuelles et collectives, Je m'opposerai à cette arabisation systématique. Je considère cette conception comme attentatoire à la liberté et à la dignité du Marocain, à son aptitude à la compétitivité et à la réalisation de performances dans les domaines scientifiques.
[...
Je demande donc à la Commission de revoir sa copie. Je lui demande de revoir également les références que font certains de ses membres aux idées des années 60. Je demande à ces mêmes membres de ne pas condamner le Maroc à perpétuité en voulant instituer l'arabisation à outrance.
Discours de la Fête de la jeunesse, 8 juillet 1995

Bilinguisme
L’enfant a besoin d’être tout d’abord formé dans une seule langue et une seule civilisation. Ensuite il lui faut apprendre les sciences par le biais du bilinguisme.
Allocution lors du Lancement de l’opération « Ecole coranique », 9 octobre 1968.

Nous sommes arabophones, mais nous parlons bien le français. Notre culture arabe ne peut que gagner à s'enrichir de cultures étrangères, et c'est pour cela que j'ai imposé au moins une langue étrangère dans les lycées.
Le Point, 12 décembre 1988

Ecoles étrangères
Je connais plusieurs personnes d'un rang social et politique élevé, dont les enfants fréquentent les écoles de la Mission. Nous devons donner l'exemple. Mes enfants, quant à moi, ne fréquenteront pas les écoles de la Mission.
Lancement de l’opération « Ecole coranique », 9 octobre 1968


Erreurs
Nous sommes en train de payer maintenant la facture de plusieurs années d'erreurs concernant notre politique de l'enseignement.
TV5, 17 septembre 1995

Espagnol
J’impose à mon école d'état-major l'espagnol, parce que l'espagnol est actuellement la deuxième langue du monde. [...] Vous n'avez plus d'écoles au Maroc, et je vous assure qu'un lycée dans chaque grande ville peut remplacer dix ambassadeurs à Madrid et dix ambassadeurs à Rabat.
ABC (Espagne), 27 novembre 1988,

Je demande instamment à votre journal, car avant tout je suis un humaniste, je lis et je suis un peu trilingue, je suis un intellectuel, à travers votre journal, je lance un appel au peuple espagnol pour que le gouvernement espagnol rouvre ses écoles et ses lycées ici.
ABC (Espagne), 27 novembre 1988

Je dis bien ceci : c'est une erreur monumentale de ne pas apprendre mieux la langue espagnole au Maroc.
El Pais, 22 janvier 1989

Vous ne pouvez vous imaginer combien je regrette profondément de ne pas parler l'espagnol. J'aurais tellement voulu pouvoir m'exprimer en espagnol, mais je crois que je me suis rattrapé, car mes cinq enfants parlent tous l'espagnol.
Radio et télévision espagnoles, 21 septembre 1989

Français
Je m'adresserai à vous en français et seule la traduction qui vous sera donnée par le ministère de l'information, soit en arabe, soit en anglais, pourra être considérée comme la traduction officielle de ce que je vous dirai en français.
Conférence de presse à l'issue de la cinquième conférence arabe au sommet, 24 décembre 1969

Maroc-Vatican :


Des échanges anciens
6 avril 2019


Le 12 février 1888, Mohamed Torrès, Naïb Essoltane (Délégué du sultan), embarquait à Tanger à bord d’un bateau de guerre espagnol pour se rendre à Rome. Le Naïb était chargé par le sultan Moulay Hassan de féliciter le Pape Léon XIII (1878-1903) à l’occasion de son jubilé sacerdotal. Deux religieux espagnols l’accompagnaient. Parmi les dirigeants musulmans, le chah de Perse, le khédive d’Egypte et le sultan ottoman furent également représentés.
La nouvelle se répandit rapidement au Maroc et suscita des interrogations. Pourquoi, se demanda-t-on, un tel hommage du Commandeur des Croyants au chef de l’Eglise catholique ? Lors de l’audience solennelle que Léon XIII accorda le 25 février 1888 à l’ambassade marocaine, Torrès prononça en arabe un discours dans lequel il émit l’espoir que « l’amitié ne cessera jamais d’exister et qu’elle persévérera toujours sans altération » entre Sa Majesté chérifienne et le souverain pontife. Dans sa réponse, en italien, le Pape rappela que « les échanges d’ambassades et de déclarations d’amitié … entre les Pontifes Romains et les Souverains de l’Afrique » étaient anciens.
Si, au Maroc, la mission de Torrès au Vatican ne fut pas très favorablement accueillie, il en alla autrement à l’étranger, où l’initiative marocaine souleva un grand enthousiasme. En Espagne, notamment, la presse salua l’événement et ne tarit pas d’éloges pour ce geste inédit.
Les chancelleries ne manquèrent pas de spéculer sur le véritable but derrière l’envoi d’une ambassade au Vatican. Les agents français étaient persuadés que l’Espagne avait voulu affirmer son influence au Maroc, où elle était le seul pays à entretenir des missions catholiques.
En définitive, l’ambassade de Torrès n’eut pas de portée politique significative, mais elle constitua une initiative audacieuse du sultan qui montra son ouverture d’esprit en matière religieuse dans un contexte de conservatisme et de méfiance populaire traditionnelle vis-à-vis des chrétiens. La mission, d’autre part, fut la première rencontre directe entre un représentant du sultan et un pape, alors que jusqu’alors, les relations s’étaient limitées à des échanges de lettres concernant les captifs chrétiens.
Il faudra attendre 92 ans pour qu’un roi du Maroc et un pape se rencontrent. Ce fut en 1980, lorsque Feu Hassan II se rendit au Vatican, où il fut reçu par Jean-Paul II. Cinq ans plus tard, le Maroc recevait en grande pompe le souverain pontife.
34 ans plus tard, le pape François s’est rendu au Maroc, après avoir visité plusieurs pays musulmans ou dont la population est majoritairement musulmane, comme l’Egypte, l’Azerbaïdjan, le Bangladesh, la Turquie et, en février dernier, les Emirats Arabes Unis.
Les « non » de l’Eglise
A Abou Dhabi comme à Rabat, la pluie était au rendez-vous. « Dans ces pays, ceci est perçu comme un signe de bénédiction », a dit le pape. Il a signé avec l’imam d’Al-Azhar un document « pour la paix mondiale et la coexistence commune ». Ce document appelle au renforcement du dialogue interreligieux et à la promotion du respect réciproque. Le texte condamne toutes les atteintes à la vie, dont, en premier lieu les actes terroristes, mais également l’avortement et l’euthanasie.
L’Eglise catholique reste ainsi fidèle à ses dogmes et à ses «non» : outre son refus de l’avortement et de l’euthanasie, le Saint-Siège s’oppose au mariage des prêtres, à l’ordination des femmes, au divorce et à l’homosexualité. Au chapitre des droits de l’homme, l’Eglise défend trois libertés fondamentales qui sont affirmées par la Déclaration universelle des droits de l'homme (1948) : « toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites » (Article 18).
La « liberté de pensée, de conscience et de religion » défendue par l’Eglise ne se limite pas à la seule liberté de culte mais « doit permettre à chacun de vivre selon sa propre conviction religieuse », dans le respect mutuel et la dignité.
Dialogue, pas tolérance
Au Maroc, François et le roi Mohammed VI ont signé un «Appel d’Al Qods».
Anticipant les préoccupations du pape, le roi a dit : « Le dialogue tourné vers la “tolérance” aura fait long feu, sans pour autant atteindre sa finalité. Les trois religions abrahamiques n’existent pas pour se tolérer, par résignation fataliste ou acceptance altière. Elles existent pour s’ouvrir l’une à l’autre et pour se connaitre ».
L’Eglise catholique préfère parler de dialogue plutôt que de «tolérance», mot qui a été employé à l’envi dans plusieurs déclarations et reportages et qui a le don de hérisser les dignitaires du Vatican. Ce concept implique, selon eux, une relation inégale entre les « croyants » (musulmans) et les autres, mettant ces derniers en situation d’infériorité. De là l’appel à renoncer à l’usage du terme « minorités », qui «prépare le terrain» aux mesures discriminatoires, voire aux agressions. C’est ce qui a été souligné dans la déclaration d’Abou Dhabi et c’est ce que François a rappelé dans son discours à Rabat en affirmant que la Conférence internationale sur les droits des minorités religieuses dans le monde islamique, qui a eu lieu à Marrakech en janvier 2016, a souligné « la nécessité de dépasser le concept de minorité religieuse, au profit de celui de citoyenneté et de la reconnaissance de la valeur de la personne, qui doit revêtir un caractère central dans tout ordonnancement juridique.
Dans cet esprit, il nous faut toujours passer de la simple tolérance au respect et à l’estime d’autrui.
»
Remarquons cependant que 2019 a été décrétée «année de la tolérance» aux Emirats où existe, depuis 2016, un «ministre d’Etat à la tolérance». La création d’un « institut international de la tolérance » serait projetée et un prix annuel serait envisagé.
La visite de François au Maroc a eu un retentissement international majeur. C’est un nouveau jalon dans le renforcement des relations séculaires entre le Maroc et le Saint-Siège. Le but premier du pape en se rendant au Maroc n’était pas de « redorer l’image de l’Eglise », comme certains ont pu l’avancer, ni de rencontrer les immigrés subsahariens chrétiens. Il s’agissait de visiter le pays musulman le plus modéré et le plus stable de la région. Le choix ne s’est pas porté par hasard sur le Maroc, pays qui, en outre, est dirigé par Amir al Mouminine. Quand le Saint-Siège veut envoyer des messages, il sait y faire.
Comme en 1888, des voix n’ont pas manqué pour s’élever contre la visite papale. Elles ont été isolées et inaudibles.

samedi 11 mai 2019

"Nouvelle diplomatie" ?

J'ai eu le plaisir de/d’(animer, assister, prendre part, présider)...
(Très) heureux(se) de ...
Très honoré(e) de rencontrer les.../ d'avoir été invité(e) à/au ...
Fier(ère) de ...
Belle et fructueuse réunion avec ...
Un grand merci à/au ...pour m'avoir décerné...


C'est ce qu'on lit presque tous les jours sur les sites de partage. Ces formules stéréotypées reviennent souvent dans les posts des adeptes de la communication sur les réseaux sociaux. Photo ou selfie en sus. Il n'y a pas de commentaire particulier à faire sur cette pratique: chacun est libre d'ouvrir son album-photos aux autres, se montrer, "partager". Ce qui est nouveau, en revanche, c'est que des diplomates aussi s'adonnent à cet exercice. Petit rappel : il est question ici des réseaux sociaux. Un diplomate, a fortiori un ambassadeur, a-t-il vocation à faire de la "communication sociale" ? Le "partage" fait-il partie des tâches qu'il est censé accomplir ? Est-il (elle) bien dans son rôle de représentant officiel d'un Etat lorsqu'il publie des photos prises dans l'exercice de ses fonctions, agrémentées de commentaires élogieux ou laudateurs ? On parle de cérémonies officielles, pas de concours de chant, ni de défilé de mode.
L'ambassadeur n'a pas à faire son auto-promotion. Son action et ses résultats parlent pour lui. Ce n'est pas parce qu'il aura posté des photos de lui sur FB qu'il sera un bon communicateur. Sa réussite et son savoir-faire seront appréciés à l'aune d'autres critères, professionnels ceux-là, rigoureux et implacables. Le reste n'est qu'illusion et rideau de fumée.
Un bon diplomate doit rendre compte à son ministère, c'est (tout) ce qu'on lui demande. C'est au ministère d'apprécier ce qui peut être publié, - ou pas. On parle alors de "communication institutionnelle". Qui, cela va sans dire, n'a rien à voir avec "le partage" sur les réseaux sociaux.

31 mars 2019

Venezuela, la descente aux enfers

Ceux qui connaissent le Venezuela et aiment ce pays ne peuvent pas s'empêcher d'avoir le cœur serré.
Pays producteur de pétrole jadis prospère, le Venezuela a sombré dans la ruine.
L’inflation atteint des chiffres irréels et rien ne semble pouvoir l'arrêter. Le FMI prévoit une inflation de 10 millions pour cent en 2019. La population appauvrie et désemparée quitte massivement le pays, quand elle le peut, pour aller en Colombie et en Equateur. Il n'y a pas longtemps, c'était vers le Venezuela qu'émigraient les Colombiens et les Equatoriens...
Sur le plan politique, c'est l'impasse. Le président Nicolas Maduro, qui vient d'entamer un deuxième mandat et bénéficie encore du soutien de l'armée, ne semble pas prêt à faire la moindre concession ni à changer de politique. Comme son prédécesseur et mentor, Hugo Chávez, il se prévaut du soutien du peuple à la révolution pour stigmatiser l'opposition bourgeoise et vitupère contre "l'Empire" (Les États-Unis). La faible représentation étrangère à la cérémonie de son investiture lui aura pourtant permis de mesurer l'étendue de son isolement diplomatique. D'Amérique Latine,seuls les présidents de Cuba, du Nicaragua et de la Bolivie, alliés traditionnels de Maduro, ont fait le déplacement.
Devant la tragédie que vit le Venezuela, la communauté internationale ne doit pas rester les bras croisés.

14 janvier 2019